Il s'appelait Steve Biko

Rebecca Tickle


12 septembre 1977 - 12 septembre 2017
40 ans depuis son assassinat.
Et 40 ans d'impunité.

Torturé et battu jusqu'à ce que mort s'en suive, il a rendu l'âme seul, nu et la tête ensanglantée, sur le béton de sa cellule de la prison centrale de Pretoria. 

Biko. Stephen Bantu Biko.

Pendant que les images de son corps tabassé et martyrisé faisait le tour du monde, huit versions différentes expliquant sa mort "malencontreuse" faisaient le tour des bureaux de police et de ses détracteurs satisfaits. 

Après le scandale international, l'enquête judiciaire publique, des aveux et finalement l'amnistie des coupables.
La justice du plus fort. 
Le triomphe de la brutalité.

Voilà 40 ans aujourd'hui exactement que l'on a fait taire le "père" du mouvement de la Conscience noire, en le bastonnant sur la tête jusqu'à pulvériser son système nerveux central. 

Celui qui luttait intensivement contre le déni d'humanité de l'Homme noir, illustré dans la sauvagerie du quotidien de l'apartheid, avec la complicité des grands de ce monde. Le silence des pantoufles des Gens de Bien. 

Celui qui, petit, avait vu tomber son père sous les balles de l'Homme blanc, avait grandi dans la révolte et l'inégalité raciale, dont la seule et unique constante était une répression inhumaine, interdisant tout droit fondamental à la majorité noire du pays. 

Celui qui scandait que « pour commencer, il faut que les Blancs réalisent qu’ils sont seulement humains, pas supérieurs. De même les Noirs doivent réaliser qu’ils sont aussi humains, pas inférieurs.»

En créant le "Black Consciousness Movement" en 1969 avec ses amis, Biko puisait déjà ses ressources idéologiques dans les écrits et discours profondément interpellant de Fanon, Césaire, Garvey, Martin Luther King, Malcolm X et de leurs pairs. Comme eux il était habité par une conviction implacable, et aussi par un courage civil hors du commun. 

Biko avait également décelé que « l’arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs est la mentalité des opprimés » et que la profonde aliénation des esprits étaient à combattre tout autant pour que la dignité de l'Homme noir puisse se déployer librement. 

C'est finalement parce qu'il avait perçu l'ensemble des obstacles à l'empouvoirement* de l'Homme noir et que ses idées radicales - bien que profondément pacifistes - se répandaient comme une trainée de poudre à canon, qu'il était devenu très dangereux pour la survie de l'apartheid, pour l'immortalité de la suprémacie blanche, mère de toutes les lois en Afrique du Sud. Son élimination était devenue inéluctable. 

Quelques semaines avant son meurtre, il disait encore à son entourage militant: « Soit tu es vivant et fier, soit tu es mort. La façon de mourir peut elle-même être une chose politique (...) car si je n’arrive pas dans la vie à soulever la montagne de l’apartheid, l’horreur de la mort y parviendra sûrement. »

Son assassinat a été le premier clou du cercueil de l'apartheid, disait Nelson Mandela.

Que vive Steve Biko.
Le 12 septembre 1977, il avait 31 ans.

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*Vocable que je souhaite ardemment voir apparaître dans la prochaine édition du Petit Robert de la langue française.

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