Nigeria: Une contestation devenue terrorisme


Rebecca Tickle


L'armée "déclare" le mouvement "Indigenous People of Biafra"  - IPOB - comme organisation terroriste, à peine deux jours après avoir dispersé à balles réelles dans l'État d'Abia (delta du Niger) une foule protestataire non-armée. Bilan: Plusieurs morts et des blessés graves.

N'y a-t-il pas un cheminement institutionnel légalement prévu pour ce genre de décision?

Quel est ce pouvoir d'apparence suprême pour l'armée nationale d'un Etat officiellement démocratique?

Quelles responsabilités pour un gouvernement dont les ressortissants ethniques sont aujourd'hui les mêmes qu'approximativement 70% de la chaîne de commandement de l'Armée?


Et quelle responsabilité pour un gouvernement incapable de gérer autrement que par la violence et les dérapages, des contestations somme toute légitimes déjà rien que par la durée de leur existence (plus de 50 ans avec une guerre d'un million de morts)?

De sérieuses interpellations dans un pays traumatisé par les dictatures militaires et les brutalités au long cours de l'Armée, premier producteur de pétrole en Afrique. Un géant de l'exportation de brut - 8ème mondial - et dont 95% des recettes proviennent de ce secteur.

Le Nigeria continue donc aujourd'hui dans sa lancée douloureuse, pavée d'inégalités de distribution des rentes pétrolières et de manigances politiques, de misère profonde et d'irresponsabilités étatiques, d'abus de pouvoir et d'enrichissements illicites faramineux, victime en tout premier lieu de son pétrole et du sang aux yeux de l'Homme.

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