19 septembre 2017

The power of words and civil courage

Rebecca Tickle


On the impact of selfless fact-reporting journalism in Africa

I so much admire those journalists who challenge on a daily basis the criminalisation of press- and opinion-related offences in Africa.

On a constant run for the defence of core moral and professional values, they relentlessly dedicate their passion as well as their time to the exposure of truth, with the permanent effort to avoid controversionalisation of facts.
Their ultimate and unquestionable use of a - fortunately universal - professional charter as well as the power of words is remarquable while they zigzag in a permanently freedom- and life-threatning context.
The political circumstances where Truth has become an insult to Power, where the enemy of progress focuses primarily on how to keep the citizen in an autocratic climate of obscurantism as well as invested with a permanent feeling of absolute superfluousness.

Administering the right dosing and wording of food for thought has reached such a high level of professional and personal competence. Where intellectual elegance and humility tends to become normative, the fortunate reader gets the tools for grasping the essentials and the satisfaction of his fundamental right to think. We are talking of the true art of impacting critical thought beyond emotional feeding often fuelled by populist sensationalism and opportunism.

What a fine contribution to the empowerment of the ordinary citizen and his need for analysis driven food for thought. A contribution that instills renewed consciousness and sense of pride in a general - and why not national - context of a so often lingering lack of constructive and critical common sense.

This is real true grassroot individual development in a setting where hope and self confidence have been tortured and lost in centuries of physical and mental slavery.

What huge value for those few ones who unflinchingly share the fruit of their fearless and acrobatic management of undeniable facts through the power of words.

My respect for the younger generation of those specially qualified reporters who have chosen to learn from their wise and courageous elders, dead or alive. A renewed elite that was born in ages of darkness and corruptmindedness, but which decided to dedicate its tireless energy to the search of light and intellectual progress.

And my deepest respect of course goes to those elders who use and share their so valuable knowledge and experience to keep up the struggle against the obliteration of history. Those journalists and fact reporters have learnt their job in the harshest way within a system which is more than ever clinging to its survival.

Along with constant and abusive illegitimacy, the control and concentration of power strictly depends on the maintenance of an ignorant and emotionally failed People that knows not where it comes from nor where it is heading to.

Long life to fact reporting journalism in Africa. And again, my highest consideration for those grassroot selfless actors for their outstanding civil courage.

Pius Njawe, may your soul rest in perfect peace.

17 septembre 2017

Nigeria: Une contestation devenue terrorisme


Rebecca Tickle


L'armée "déclare" le mouvement "Indigenous People of Biafra"  - IPOB - comme organisation terroriste, à peine deux jours après avoir dispersé à balles réelles dans l'État d'Abia (delta du Niger) une foule protestataire non-armée. Bilan: Plusieurs morts et des blessés graves.

N'y a-t-il pas un cheminement institutionnel légalement prévu pour ce genre de décision?

Quel est ce pouvoir d'apparence suprême pour l'armée nationale d'un Etat officiellement démocratique?

Quelles responsabilités pour un gouvernement dont les ressortissants ethniques sont aujourd'hui les mêmes qu'approximativement 70% de la chaîne de commandement de l'Armée?


Et quelle responsabilité pour un gouvernement incapable de gérer autrement que par la violence et les dérapages, des contestations somme toute légitimes déjà rien que par la durée de leur existence (plus de 50 ans avec une guerre d'un million de morts)?

De sérieuses interpellations dans un pays traumatisé par les dictatures militaires et les brutalités au long cours de l'Armée, premier producteur de pétrole en Afrique. Un géant de l'exportation de brut - 8ème mondial - et dont 95% des recettes proviennent de ce secteur.

Le Nigeria continue donc aujourd'hui dans sa lancée douloureuse, pavée d'inégalités de distribution des rentes pétrolières et de manigances politiques, de misère profonde et d'irresponsabilités étatiques, d'abus de pouvoir et d'enrichissements illicites faramineux, victime en tout premier lieu de son pétrole et du sang aux yeux de l'Homme.

12 septembre 2017

Il s'appelait Steve Biko

Rebecca Tickle


12 septembre 1977 - 12 septembre 2017
40 ans depuis son assassinat.
Et 40 ans d'impunité.

Torturé et battu jusqu'à ce que mort s'en suive, il a rendu l'âme seul, nu et la tête ensanglantée, sur le béton de sa cellule de la prison centrale de Pretoria. 

Biko. Stephen Bantu Biko.

Pendant que les images de son corps tabassé et martyrisé faisait le tour du monde, huit versions différentes expliquant sa mort "malencontreuse" faisaient le tour des bureaux de police et de ses détracteurs satisfaits. 

Après le scandale international, l'enquête judiciaire publique, des aveux et finalement l'amnistie des coupables.
La justice du plus fort. 
Le triomphe de la brutalité.

Voilà 40 ans aujourd'hui exactement que l'on a fait taire le "père" du mouvement de la Conscience noire, en le bastonnant sur la tête jusqu'à pulvériser son système nerveux central. 

Celui qui luttait intensivement contre le déni d'humanité de l'Homme noir, illustré dans la sauvagerie du quotidien de l'apartheid, avec la complicité des grands de ce monde. Le silence des pantoufles des Gens de Bien. 

Celui qui, petit, avait vu tomber son père sous les balles de l'Homme blanc, avait grandi dans la révolte et l'inégalité raciale, dont la seule et unique constante était une répression inhumaine, interdisant tout droit fondamental à la majorité noire du pays. 

Celui qui scandait que « pour commencer, il faut que les Blancs réalisent qu’ils sont seulement humains, pas supérieurs. De même les Noirs doivent réaliser qu’ils sont aussi humains, pas inférieurs.»

En créant le "Black Consciousness Movement" en 1969 avec ses amis, Biko puisait déjà ses ressources idéologiques dans les écrits et discours profondément interpellant de Fanon, Césaire, Garvey, Martin Luther King, Malcolm X et de leurs pairs. Comme eux il était habité par une conviction implacable, et aussi par un courage civil hors du commun. 

Biko avait également décelé que « l’arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs est la mentalité des opprimés » et que la profonde aliénation des esprits étaient à combattre tout autant pour que la dignité de l'Homme noir puisse se déployer librement. 

C'est finalement parce qu'il avait perçu l'ensemble des obstacles à l'empouvoirement* de l'Homme noir et que ses idées radicales - bien que profondément pacifistes - se répandaient comme une trainée de poudre à canon, qu'il était devenu très dangereux pour la survie de l'apartheid, pour l'immortalité de la suprémacie blanche, mère de toutes les lois en Afrique du Sud. Son élimination était devenue inéluctable. 

Quelques semaines avant son meurtre, il disait encore à son entourage militant: « Soit tu es vivant et fier, soit tu es mort. La façon de mourir peut elle-même être une chose politique (...) car si je n’arrive pas dans la vie à soulever la montagne de l’apartheid, l’horreur de la mort y parviendra sûrement. »

Son assassinat a été le premier clou du cercueil de l'apartheid, disait Nelson Mandela.

Que vive Steve Biko.
Le 12 septembre 1977, il avait 31 ans.

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*Vocable que je souhaite ardemment voir apparaître dans la prochaine édition du Petit Robert de la langue française.