19 septembre 2017

The power of words and civil courage

Rebecca Tickle


On the impact of selfless fact-reporting journalism in Africa

I so much admire those journalists who challenge on a daily basis the criminalisation of press- and opinion-related offences in Africa.

On a constant run for the defence of core moral and professional values, they relentlessly dedicate their passion as well as their time to the exposure of truth, with the permanent effort to avoid controversionalisation of facts.
Their ultimate and unquestionable use of a - fortunately universal - professional charter as well as the power of words is remarquable while they zigzag in a permanently freedom- and life-threatning context.
The political circumstances where Truth has become an insult to Power, where the enemy of progress focuses primarily on how to keep the citizen in an autocratic climate of obscurantism as well as invested with a permanent feeling of absolute superfluousness.

Administering the right dosing and wording of food for thought has reached such a high level of professional and personal competence. Where intellectual elegance and humility tends to become normative, the fortunate reader gets the tools for grasping the essentials and the satisfaction of his fundamental right to think. We are talking of the true art of impacting critical thought beyond emotional feeding often fuelled by populist sensationalism and opportunism.

What a fine contribution to the empowerment of the ordinary citizen and his need for analysis driven food for thought. A contribution that instills renewed consciousness and sense of pride in a general - and why not national - context of a so often lingering lack of constructive and critical common sense.

This is real true grassroot individual development in a setting where hope and self confidence have been tortured and lost in centuries of physical and mental slavery.

What huge value for those few ones who unflinchingly share the fruit of their fearless and acrobatic management of undeniable facts through the power of words.

My respect for the younger generation of those specially qualified reporters who have chosen to learn from their wise and courageous elders, dead or alive. A renewed elite that was born in ages of darkness and corruptmindedness, but which decided to dedicate its tireless energy to the search of light and intellectual progress.

And my deepest respect of course goes to those elders who use and share their so valuable knowledge and experience to keep up the struggle against the obliteration of history. Those journalists and fact reporters have learnt their job in the harshest way within a system which is more than ever clinging to its survival.

Along with constant and abusive illegitimacy, the control and concentration of power strictly depends on the maintenance of an ignorant and emotionally failed People that knows not where it comes from nor where it is heading to.

Long life to fact reporting journalism in Africa. And again, my highest consideration for those grassroot selfless actors for their outstanding civil courage.

Pius Njawe, may your soul rest in perfect peace.

17 septembre 2017

Nigeria: Une contestation devenue terrorisme


Rebecca Tickle


L'armée "déclare" le mouvement "Indigenous People of Biafra"  - IPOB - comme organisation terroriste, à peine deux jours après avoir dispersé à balles réelles dans l'État d'Abia (delta du Niger) une foule protestataire non-armée. Bilan: Plusieurs morts et des blessés graves.

N'y a-t-il pas un cheminement institutionnel légalement prévu pour ce genre de décision?

Quel est ce pouvoir d'apparence suprême pour l'armée nationale d'un Etat officiellement démocratique?

Quelles responsabilités pour un gouvernement dont les ressortissants ethniques sont aujourd'hui les mêmes qu'approximativement 70% de la chaîne de commandement de l'Armée?


Et quelle responsabilité pour un gouvernement incapable de gérer autrement que par la violence et les dérapages, des contestations somme toute légitimes déjà rien que par la durée de leur existence (plus de 50 ans avec une guerre d'un million de morts)?

De sérieuses interpellations dans un pays traumatisé par les dictatures militaires et les brutalités au long cours de l'Armée, premier producteur de pétrole en Afrique. Un géant de l'exportation de brut - 8ème mondial - et dont 95% des recettes proviennent de ce secteur.

Le Nigeria continue donc aujourd'hui dans sa lancée douloureuse, pavée d'inégalités de distribution des rentes pétrolières et de manigances politiques, de misère profonde et d'irresponsabilités étatiques, d'abus de pouvoir et d'enrichissements illicites faramineux, victime en tout premier lieu de son pétrole et du sang aux yeux de l'Homme.

12 septembre 2017

Il s'appelait Steve Biko

Rebecca Tickle


12 septembre 1977 - 12 septembre 2017
40 ans depuis son assassinat.
Et 40 ans d'impunité.

Torturé et battu jusqu'à ce que mort s'en suive, il a rendu l'âme seul, nu et la tête ensanglantée, sur le béton de sa cellule de la prison centrale de Pretoria. 

Biko. Stephen Bantu Biko.

Pendant que les images de son corps tabassé et martyrisé faisait le tour du monde, huit versions différentes expliquant sa mort "malencontreuse" faisaient le tour des bureaux de police et de ses détracteurs satisfaits. 

Après le scandale international, l'enquête judiciaire publique, des aveux et finalement l'amnistie des coupables.
La justice du plus fort. 
Le triomphe de la brutalité.

Voilà 40 ans aujourd'hui exactement que l'on a fait taire le "père" du mouvement de la Conscience noire, en le bastonnant sur la tête jusqu'à pulvériser son système nerveux central. 

Celui qui luttait intensivement contre le déni d'humanité de l'Homme noir, illustré dans la sauvagerie du quotidien de l'apartheid, avec la complicité des grands de ce monde. Le silence des pantoufles des Gens de Bien. 

Celui qui, petit, avait vu tomber son père sous les balles de l'Homme blanc, avait grandi dans la révolte et l'inégalité raciale, dont la seule et unique constante était une répression inhumaine, interdisant tout droit fondamental à la majorité noire du pays. 

Celui qui scandait que « pour commencer, il faut que les Blancs réalisent qu’ils sont seulement humains, pas supérieurs. De même les Noirs doivent réaliser qu’ils sont aussi humains, pas inférieurs.»

En créant le "Black Consciousness Movement" en 1969 avec ses amis, Biko puisait déjà ses ressources idéologiques dans les écrits et discours profondément interpellant de Fanon, Césaire, Garvey, Martin Luther King, Malcolm X et de leurs pairs. Comme eux il était habité par une conviction implacable, et aussi par un courage civil hors du commun. 

Biko avait également décelé que « l’arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs est la mentalité des opprimés » et que la profonde aliénation des esprits étaient à combattre tout autant pour que la dignité de l'Homme noir puisse se déployer librement. 

C'est finalement parce qu'il avait perçu l'ensemble des obstacles à l'empouvoirement* de l'Homme noir et que ses idées radicales - bien que profondément pacifistes - se répandaient comme une trainée de poudre à canon, qu'il était devenu très dangereux pour la survie de l'apartheid, pour l'immortalité de la suprémacie blanche, mère de toutes les lois en Afrique du Sud. Son élimination était devenue inéluctable. 

Quelques semaines avant son meurtre, il disait encore à son entourage militant: « Soit tu es vivant et fier, soit tu es mort. La façon de mourir peut elle-même être une chose politique (...) car si je n’arrive pas dans la vie à soulever la montagne de l’apartheid, l’horreur de la mort y parviendra sûrement. »

Son assassinat a été le premier clou du cercueil de l'apartheid, disait Nelson Mandela.

Que vive Steve Biko.
Le 12 septembre 1977, il avait 31 ans.

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*Vocable que je souhaite ardemment voir apparaître dans la prochaine édition du Petit Robert de la langue française.

05 juillet 2017

La Grèce, entre rêves de liberté et faillite économique

Rebecca Tickle


Quelles émotions le peuple grec aura-t-il exprimé il y a deux ans exactement, le 5 juillet 2015 lors du référendum organisé par Alexis Tsipras, sur le plan d'aide de l'UE et du FMI?


Ceux de gauche, les communistes en tout cas, auront voté "la liberté" ce fameux dimanche de juillet 2015. Ceux de droite, bien autrement.

Au rendez-vous s'était aussi retrouvé une haine incompressible dans le coeur de certains, avec parfois une absence de recul historique qui aurait pourtant permis de l'expliquer et pourquoi pas, de la contourner et peut-être même d'imaginer d'autres alternatives. La discorde dans les foyers et dans les amitiés. La cristallisation des opinions, immuables souvent. Je me rappelle de certaines âpres discussions lors desquelles j'avais croisé un fanatisme d'une violence inattendue. Une colère que j'avais ressentie comme irrémédiablement liée à des intérêts personnels en fin de compte.

Ceci dit, le cri de bataille de la gauche grecque "Για την ελεφτεριά" ["pour la liberté"], est un slogan bien connu de ceux et celles notamment issus du KKE (parti communiste grec, traditionnellement soutenu par l'Union soviétique d'antan).

La question de l'entrée de la Grèce dans l'Union Européenne est en effet le sujet numéro un d'une discorde de longue haleine entre la droite et la gauche depuis les années soixante, avant même l'avènement en 1967 de la dictature militaire dite "des Colonels".

La Grèce entre dans la zone euro en 1981, grâce à l'infatigable Karamanlis et son parti conservateur "Nea Dimokratia", et malgré la résistance des socialistes PASOK de Papandreou et du KKE. La crainte de ces deux derniers, d'un accroissement de la dépendance économique et politique du pays, n'a jamais faibli et semble avoir été prémonitoire pour de nombreux Grecs.

A part cela, les mesures d'austérité qui frappent très durement la Grèce depuis plusieurs années, ressemblent étrangement aux politiques de réajustement structurel en Afrique subsaharienne néocoloniale, dans le cadre précis de la fameuse "dette extérieure", qui ont systématiquement laissé sur le pavé les droits fondamentaux des citoyens à la santé et à l'éducation.

En ce qui concerne la Grèce, la dureté surtout de ceux de ses comparses de l'UE qui avaient mené le soutien à l'adhésion de la Grèce - soit la France et l'Allemagne auprès desquelles Karamanlis avait particulièrement plaidé -, a fait ressembler le pays à ce qu'il était avant d'appartenir à la zone euro, en violation du droit fondamental à une existence décente. Les images humiliantes d'un pays plongé dans une grande misère ont été copieusement véhéculées dans les médias, montrant comment certaines franges de la population n'auront eu même plus de quoi se nourrir ni de se loger. En parallèle, l'existence classique d'une opulence, parfois clinquante, chez un petit nombre, côtoyant ainsi une précarité inacceptable.

Entre temps, avantages économiques circonstanciels et/ou corruption omniprésente aidant (entre autre), les plus nantis de la classe moyenne ont réussi durant ces dernières années à sécuriser leur position, particulièrement dans les zones touristiques, pendant que de nombreux autres sont allés grossir la classe d'en-bas, en mode survie. Dans les grandes villes en particulier, la misère à affronté le droit fondamental à l'alimentation et au logement, avec des taux de chômage au plafond. Tout cela en concurrence dans les médias avec la crise de milliers de migrants échouant sur les côtes de mer Egée.

La Grèce n'a pas toujours incarné l'exotisme méditerranéen si cher aux touristes tout azimut. La dictature militaire, dite "des Colonels" de 1967 à 1974 et la libération amorcée par un soulèvement estudiantin resté mythique, ainsi qu'une lutte infatigable notamment par de nombreux Grecs de gauche, ont souvent fait payer chèrement leur engagement par une répression sans pitié. Cette résistance a été incarnée également par certaines personnalités publiques de gauche, permettant de médiatiser le conflit à travers le monde.

Signant la fin de la junte des Colonels, le conflit sur l'île de Chypre entre turcophones et hellénophones éclate en été 1974, traçant à travers l'invasion de la partie grecque par l'armée continentale turque une division socio-politique sans pitié entre les deux communautés insulaires, qui aujourd'hui perdure au coeur de l'identité chypriote, et qui fragilise encore les relations diplomatiques gréco-turques.

Les heures noires que la Grèce a connues ne sont pas limitées à cette période. Dans un passé non moins lointain, juste après la fin de la 2ème guerre mondiale, une guerre civile effroyable entre royalistes et communistes, avait fini de vider le pays de son sang de 1946 à 1949. La 2ème guerre juste avant, avait déjà meurtri durement le peuple grec avec les invasions successives de l'Italie, puis de l'Allemagne nazie, qui lui avait fait subir une répression sanguinaire lors de ses tentatives effrénées d'anéantir la féroce résistance grecque.

Quelques années auparavant, à peine la 1ère guerre mondiale terminée, la fin de la guerre gréco-turque en 1922 avait provoqué un exode massif de populations, turques de Grèce et grecques d'Asie mineure. C'est ainsi que - chiffres Wikipédia à l'appui - un million et demi de chrétiens d’Anatolie et de Thrace orientale avaient été chassés en Grèce, vers un avenir très peu glorieux, alors que simultanément un demi-million de musulmans de Macédoine et d’Épire - issus de l'occupation ottomane -, avaient dû quitter la Grèce pour la Turquie, dans les mêmes conditions de désarroi socio-économique extrême **.

Les grands résistants durant la guerre d'indépendance de 1821, ont à de multiples occasions, gravé la qualité si pointue de leurs stratégies, en même temps que la bravoure extrême de populations entières,  dans l'Histoire de l'humanité.

Caractérisé depuis des siècles par un sens patriotique marqué, et une grande capacité de lutte et de résilience, le peuple grec a trouvé différentes manières de maintenir son intégrité culturelle essentielle, malgré la tyrannie.

C'est ainsi qu'à l'ère ottomane, l'institution stratégiquement implicite de l'"école secrète", dont l'enseignement se pratiquait la nuit en cachette dans les foyers, réussit à travers une solide conscience populaire - meilleure illustration de résistance civile invincible qui soit - à maintenir vivace la langue, la religion et la culture d'un peuple hellène pourtant opprimé, le sauvant de l'indignité d'une assimilation forcée par 4 siècles d'occupation ottomane.

Les Grecs donc connaissent bien la violence politique, la grande misère et la dépendance tyrannique, à travers une histoire moderne aussi douloureuse que tumultueuse, qui ne leur a jamais laissé réellement l'occasion de savourer un temps de reconstruction véritablement adéquat.***

C'est donc dans un contexte historique jalonné d'invasions, de dictatures, de résistance et d'exodes, que hier encore, dans un contexte économique insupportable et un taux de chômage de 28% en 2014, la Grèce se vidait de sa jeunesse et de sa force vitale, à travers une expatriation de masse pour ceux qui en ont trouvé l'occasion*.

Encore un désastre autant sociétal qu'économique et politique, que la Grèce devra surmonter ces prochaine années, en raison de la "fuite des cerveaux". De plus, la mane touristique, en tant que mono-ressource plus ou moins volatile en termes de volume, n'est pas une panacée pour un bien-être suffisamment digne pour le peuple grec. L'avenir de la Grèce s'est avéré sombre assurément.

Le slogan traditionnel de la gauche - "pour la liberté" - n'est donc pas un  vain mot, passant par les diverses épreuves du temps, d'un genre "appel démagogique" à un véritable cri de désespoir, même si une part des Grecs, ceux dont la vision est souvent traditionnellement de droite, réfutent le concept.

La chasse aux alternatives reste donc ouverte, sinon vitale, et le NON au référendum du 5 juillet 2015 pour un plan d'aide par les créanciers de l'État grec, indique que l'exploitation de nouvelles pistes de réflexion aura été tout aussi nécessaire que la rupture de la dépendance économique "maintenant".

Quoi qu'il en soit, l'opinion publique grecque repose toujours aujourd'hui sur de profondes divergences socio-politiques et historiques, qu'il conviendra tôt ou tard de juguler d'une façon ou d'une autre, si de nouvelles turbulences et violences fratricides, qui forcément déstabiliseront l'Europe et ses partenaires jusqu'à dépasser ses charnières géopolitiques avec le Proche-Orient et au-delà, veulent être évitées ces prochains temps.

Car en fin de compte, le refus à 61% du peuple grec d'encaisser les nouvelles exigences d'austérité, n'aura pas fait particulièrement évoluer cette crise de la dette publique sans précédent. Au contraire, le resultat du vote a d'abord donné du temps pour des négociations supplémentaires, dans le but surtout de rendre la gestion de la crise plus supportable pour le peuple grec.

A deux ans du référendum du 5 juillet 2015, rien n'est encore résolu, bien au contraire. Et les limites de la zone euro restent plus voyantes que jamais.

__________
* Expatriation des Grecs d'aujourd'hui: http://mobile.lemonde.fr/emploi/article/2014/06/02/expatriation-les-grecs-choisissent-l-exil_4430463_1698637.html)

** "Terres de sang" de Didó Sotiriou, sur les douleurs de l'exil dès 1922: https://www.babelio.com/livres/Sotirou-Terres-de-sang/215422

*** Le courage des Grecs du 20ème siecle: https://www.herodote.net/La_Grece_au_XXe_siecle-synthese-2045.php

12 avril 2017

Road safety in Nigeria and Cameroon

By Rebecca Tickle


In Nigeria, according to Federal Road Safety Corps (FRSC), motorcycle accidents are ranked third after cars which accounted for 457 cases or 36%, followed by minibuses with 243 or 19% of the total.

The analysis has been attempting to obtain new regulations on the ban of commercial motorcycle (okada) traffic on Nigerian highways. Motorbikes are also seen to be frequently involved in arm-robbery and other crime related activities. 

Then it is the mode of action and the power of civil society that determines the relationship between analysis, formal demands and efficient results. And the civil society in Nigeria is pretty obviously very more developed than in Cameroon, where the rights for protest is non existant. 

Supposing accurate statistics and analysis were published in neighbouring Cameroon, what would the impact be on general road safety, in an environment where traffic accidents remain a major issue. 

Just as in Nigeria, commercial motorcycles in big Cameroonian cities (bensikin) have been popularly recognised for years as a big problem in terms of traffic nuisance. Increasing numbers of cheap Chinese motorbikes and anarchic driving styles are the main points the motobikers are blamed for.

Road security is generally speaking a big problem in Cameroon anyway, particularly in terms of casualties. An average of no less than 100 deaths every year are known to be occurring on the 240-kms-long road between Douala (commercial capital) and Yaoundé (political capital) locally called "axe lourd". This particular highway was rated in 2014 by the United Nations as litterally one of the most dangerous in the world.

Impetuous log trucks with overloaded 5-axle trailers, impatient bus-drivers, general disproportional speeding, weak legislation and corrupt Law enforcement, wide-ranging release of fake driving licenses, lack of political will for efficient improvements, and global disrespect for traffic regulation are the causes of absent road security on Cameroonian highways.

As for traffic nuisance related to motorcycle transport in Douala for instance, various types of bans have been attempted. But essential issues, such as lack of adequate urban public transport and abdication or incompetence of transport authorities, structural social crisis and difficult economic setting are not addressed. The global context has thus legitimised the rapid expansion of commercial motorbikes which have become an unavoidable means of transport. 

Like in most major cities in Africa, informal supply of transport to meet public demand can also be considered as a demonstration of innovative ability in the context of unresolved economic and political issues. Motorbike transport is first of all more affordable than normal taxis. Then long distance from poor suburbs to the city centre, as well as bad road conditions don't give people much choice as to the available type of transport. 

In short, road safety in Nigeria and in Cameroon doesn’t simply depend on the publication of statistics or the number of motorbikes around. The structural background ought to be addressed first, although it is not the easiest thing to analyse. The economic context is probably the first issue that needs tackling in the case of commercial motorcycle traffic, both in terms of offer and demand. Then regarding general traffic conditions whatever the mode of transport, possible improvements lie within wider and more complex factors such as the general political and social atmosphere in the country. The questionning of follow-up and respect for existing Laws and regulations, as well as for other State responsibilities towards the citizens, could also produce quite a range of ideas for improving road security.

09 avril 2017

A Nazaire

Rebecca Tickle

Petit godobé de Bangui
ou "voyou ordinaire" pour certains esprits colonisés.
Nazaire
Un des plusieurs milliers d'enfants psychotraumatisés, la "génération de demain", qui survivent dans les rues de la capitale centrafricaine. Chassés au centre-ville par les Gens de bien comme des mouches malfaisantes, on oublie pourtant qu'ils font partie des plus vulnérables de la planète.

Mais le mépris pour les plus faibles à Bangui ou ailleurs, c'est pour oublier le mépris de soi-même. Et la maltraitance de ces enfants, petits ou grands, n'est qu'une vile petite revanche à l'égard de l'oppression omniprésente que l'adulte subit lui-même.

Ni Nazaire ni les milliers de godobés de Bangui ne sont pas de simples victimes collatérales de la guerre en République Centrafricaine. Eux et leurs parents sont les victimes en vérité de plusieurs décennies de malgouvernance et de corruption, des pillages et détournements de deniers publics, des guerres des clans pour le contrôle des mines de 7diamants et des concessions pétrolières, et de tous les ventrocrates égocentriques de Centrafrique.

Petit Nazaire.
A l'âge de huit ans tu vivais déjà dans les rues de Bangui. Recueilli d'abord par Maman Mado, tu t'es ensuite trouvé plongé dans les affres d'effroyables tueries et de la colle de la jungle qu'était devenue Bangui. Tes parents? Il n'y en n'avait pas dans ton horizon.

A la fin de cette période de guerre horrible, où le sang humain, les cadavres atrocement mutilés et la violence mentale et physique d'une dimension innommable étaient devenus la norme, tu es réapparu, retrouvé par Mama Mado.

C'est là donc que Pauline et moi t'avons connu. Au Centre d'accueil de So.Sui.Ben à Bimbo, en juillet 2015. Toujours souriant et d'une vivacité d'esprit hors norme, tu n'étais pourtant pas sorti d'affaire.

Tu revenais à ce moment-là d'une longue période d'errance dans la rue à la poursuite de cette colle maudite. Apres ta Nième désintoxication passée à coups de paracetamol pour calmer la souffrance, tu étais redevenu un enfant vif et espiègle, avec une soif d'apprendre peu commune.

En fait, tu revenais toujours après quelques semaines, parfois des mois d'empêtrement à la recherche du paradis artificiel qui t'éloignait illusoirement des souvenirs horribles qui hantaient ton esprit traumatisé.

Mais après un temps, tu es reparti, sans pouvoir résister à l'appel de la rue et de son poison. Tu n'as pourtant jamais cessé de tenter de résister à cette dépendance si toxique à la drogue.

Mercredi dernier 6 avril, dans une petite bagarre de rue, un caillou perdu t'a frappé à la tête, mortellement. Tu es tombé face contre terre.
Tu avais 13 ans.

Nous sommes en deuil. Et nous nous joignons à ta famille de Sosuiben, Madeleine ainsi que tes camarades d'infortune pour te pleurer.

Petit Nazaire, que le paradis des anges t'accueille et te donne le repos et la paix que tu as cherché en vain dans ta petite vie.

08 avril 2017

Gaz sarin: Halabja et Khan Cheikhoun, deux poids deux mesures?

Rebecca Tickle


De Halabja en 1988 à Khan Cheikhoun 2017, quelle différence? 


Où étaient les Nations civilisées devant les 5000 morts gazés de Halabja en pays kurde irakien en 1988? Et pourtant ce sont toujours les mêmes bombes neurotoxiques. Qui les fabriquent? Qui les stockent? Qui les vend et à qui?

Le gaz sarin, découvert dans un laboratoire allemand en 1939, devient officiellement en 1950 en pleine Guerre froide, l'arme neurotoxique numero 1 de l'OTAN. Sa fabrication va bon train aux États-Unis d'abord, et en URSS, tous deux concentrés sur leur course effrénée à l'armement. 

Des décennies plus tard, en mars 1991, des bombes au sarin sont lâchées par l'armée de Saddam Hussein contre les insurgés qui avaient tenté sans succès de le renverser durant l'agitation de la guerre du Golfe. 

En avril 1991, la Résolution 687 du Conseil de Sécurité des Nations Unies considère dorénavant le sarin comme une arme de destruction massive, et décréte par conséquent l'interdiction d'en posséder et d'en produire.

En 1993, la convention CWC (Chemical Weapons Convention) est paraphée par 162 membres, et prend effet le 29 avril 1997. Dès lors, tous les gaz toxiques utilisés*** dans l'industrie de l'armement doivent être détruits avant avril 2007. 

Juin 1994. Premier attentat au gaz sarin au Japon par la secte Aum Shinrikyō. Bilan: 7 morts et 200 blessés. Second attentat en mars 1995 par la même secte dans le métro de Tokyo, faisant 12 morts et 5500 blessés.

En 2004 pendant la guerre d'Irak, les restes d'un engin explosif improvisé utilisant un obus au sarin est découvert dans un attentat.

Au cours d'un reportage clandestin en 2013 sur le conflit syrien, des journalistes français ramènent des échantillons biologiques prélevés sur des victimes. Ces échantillons, auraient ensuite permis à la France et au Royaume-Uni d'établir l'existence de morts par gaz sarin occasionnés par des attaques de l'armée gouvernementale.  
D'autres prélèvements révélés par la Russie, indiqueraient une utilisation de gaz sarin plutôt par les rebelles. 
En fin de compte aucune responsabilité n'a pu être formellement identifiée.

En décembre 2015, il s'avère que le gouvernement turc fabrique et achemine du gaz sarin en quantité non négligeable à destination des groupes armés de l'État islamique (ISIS).

En août 2013, retour de la manivelle. Slate explique dans les détails comment pendant la guerre Iran-Irak en 1988, l'administration Reagan et la CIA avaient cautionné les bombardements de Saddam Hussein au mélange de gaz moutarde, de neurotoxiques Tabun, Sarin et VX sur la ville kurde de Halabja au nord de l'Irak, causant la morts atroce de 5000 Kurdes. Ce massacre reste aujourd'hui la pire attaque chimique de l'histoire. 

La victoire inenvisageable de l'Iran contre l'Irak a donc été à ce prix pour l'administration Reagan.

Depuis 1983 déjà, des documents secrets déclassifiés aujourd'hui montrent que la CIA était parfaitement au courant des bombardements chimiques répétés   par l'aviation de Saddam Hussein 
sur le sud de l'Iran. 

C'est ainsi qu'on decouvre qu'entre mai 1985 et 1989, pas moins de 70 licences d'exportation de matériel biologique sont gracieusement accordées à Saddam Hussein par le Département américain du commerce, y compris de nombreux lots de souches bactériologiques mortelles.

Les divers produits nécessaires pour fabriquer les gaz mortels étaient régulièrement livrés en Irak par les États-Unis.

"• Mai 1986. le Département du Commerce des États-Unis approuve l’expédition de poison botulique de qualité militaire pour l’Irak.
• Avril 1988 . Le Département du Commerce des États-Unis approuve l’expédition des produits chimiques utilisés à la fabrication de gaz moutarde .
• Septembre 1988. Le Département du Commerce des États-Unis approuve l’expédition d’anthrax de qualité militaire et de germes botuliques en Irak."

En France, octobre 2013, le Nouvel Obs régalait l'opinion publique en débaillant l'implication de la France dans les attaques chimiques de Halabja. En effet, la justice française fait face aujourd'hui à deux entreprises de l'industrie chimique qui «savaient parfaitement ce qu'elles faisaient». Les survivants sont là. Eux ils n'oublieront pas.

A la fin de guerre Iran-Irak en 1989 pourtant, après avoir largement prouvé sa capacité de nuisance chimique sur les civils iraniens et kurdes, Saddam Hussein aurait selon la CIA détruit au moins 40 tonnes de sarin dégradé. Après la guerre du Golfe de 1990-1991, d'autres mesures de désarmement chimiques etaien encore mises en place.

Enfin l'événement qui a choqué le monde ces derniers jours: le 4 avril quelques 80 civils Syriens meurent à Khan Cheikhoun, dont certains pratiquement en direct à la télévision, après une attaque à un gaz de type sarin. Les médias  Les accusations fusent du tac au tac. Pourtant les responsabilités ne sont pour l'heure pas établies. 

Mais où étaient les télévisions quand les enfants, les femmes et les hommes de Halabja agonisaient lentement, cherchant de l'air introuvable, asphyxié par la paralysie subite de leur appareil respiratoire?

Et pourtant, passant parfaitement outre l'avis des trois quarts du Congrès et violant ainsi la Constitution américaine, Donald Trump ordonne des frappes aériennes précises en territoire syrien, en l'espace de moins de 48 heures après les attaques au sarin. La rapidité de décision et d'exécution est étonnante. Mais la frustration face au flop de ses récentes volontés en termes de politique intérieure ne pouvait que le faire agir comme un ressort à la première occasion. 

Pour couronner le tout, le Président Trump, faisant aveuglément confiance au reflet de son omnipotence, demande dans une fière allure de sainte-nitouche, que toutes les «nations civilisées» le rejoignent afin qu'un terme au bain de sang dans lequel se noie la Syrie. 

Mais où étaient donc les "Nations civilisées" quand leur "partenaire" Saddam Hussein lâchait ses bombes neurotoxiques à gogo pendant au moins 7 ans, au nez et à la barbes de tout le monde?

L'attaque de Khan Cheikhoun n'est qu'un nain à côté des 5000 asphyxiés de Halabja.  







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***Liste des gaz mortels qui selon la Chemical Weapons Convention (CWC) de 1997 devraient avoir été détruits avant fin 2007.

Acide cyanhydrique (Forestite)
Acroléine (Papite)
Arsine
Dichlore
Chloropicrine
Gaz moutarde (Ypérite)
Gaz poivre
Gaz VX
Phosgène
Sarin
Soman
Tabun
Zyklon B

04 avril 2017

The Ghost of Biafra

By Rebecca Tickle


Where has the teaching of the Biafra issue in schools gone to?

And how could the Nigerian political elite seriously think that the history of Biafra would simply die with it disappearing from Nigerian school programmes? 

Is not one of the main aims of teaching history to avoid the repetition of mistakes by the new generations?

Denial of problems and reprisal against a people and its historical identity cannot be a greater mistake. Repression of the revival of Biafran patriotism and of deeply rooted sentiments of injustice is even worse.

Paul Biya of Cameroon, the next door neighbour, has been following the same footsteps with the "anglophone problem" in the unilaterally named land of Ambazonia. Protests and strikes requesting the retrieval of federalism that had been withdrawn in 1972, or separation have progressively led to brutal repression. If Biya, who has been in power since 1982, fails to handle this issue with some kind of concession efforts, Cameroon could get to the brink of partition. 

At stake in both cases is the power over huge oil reserves - Bakassi Peninsula for Cameroon and Niger Delta for Nigeria -, major foreign interests and well-known embezzlement of national assets by the centralised Government selfish elite, which would simply fall into different hands in the event of partition.

In the case of the Biafra issue, the price Nigeria would pay might be as high as its disintegration if Federal Government fails to recognize the urgent necessity to have a serious talk about what it has never really wanted to talk about: The issue of partial emancipation through the exercise of true federalism.

The same kind of price might also be paid by Biya, whose repression has repeatedly been the only language used, just like in the rest of the country.

So "if you think education is expensive, try ignorance" said Chinua Achebe, about the fact that nothing about the Biafra war, where over a million Nigerians died, has been taught in Nigerian schools since then. Although oral transmission has managed to avoid absolute cluelessness.

Achebe maintains that "ignorance is a very damaging disease. Our boys and girls need to know what actually happened. 'Why did my father go to war?' Someone in the north will ask: 'Why did we go to fight them?"

Identity, not only of Biafra people, but of all Nigerians is what is basically at stake. Any Nigerian today can potentially be frustrated by the fact that he has not been given the chance to make his own mind up about the political responsibilities of such a bloodbath.

The Biafrans "were not [entirely innocent], but the unleashing of such venom [war], such devastation on them as a people, was sufficient to justify their decision not to be part of the nation" says Wole Soyinka. 

He adds that "if you do not confront your past, you are going to mess up your future."

There is a big lesson Nigeria has the opportunity to learn from all this today. The recognition of national diversity and true federalism through decentralisation is the only way out for the integration of all Nigerians within the same entity.

But if Federal Government insists in wanting to maintain a highly centralised system allowing it to keep control over national ressources, and refuses the value of diversity and of opportune sharing of power, then Nigeria may well fall appart in the coming years. 

The Biafra issue, if mishandled, could well be the best demonstration that no ghost disappears without leaving deep traces.