30 mars 2016

Sarkozy's private politics: From Gadhafi to Gbagbo

By Rebecca Tickle


Former french president Nicolas Sarkozy may face trial after losing his appeal against wiretap evidence. The French Supreme Court says to consider such corroboration as a legitimate part of the probe into charges for attempting to corrupt high-ranking judges in his need for inside information.

Since he lost the elections against Hollande in 2012, Sarkozy has gone through several legal scandales, ranging from false accounting to cocaïne smuggling. He is the first former president in France to have been arrested.

Paris in December 2007
Allegations about Sarkozy's 2007 successful electoral campaign having received an illegal donation of over 50 million euros from Gadhafi has been under judicial investigation since 2012.

Increasing arguements in favour of Sarkozy's personal role in the war on Gadhafi aimed at his formal elimination, are progressively emerging upstream in the judicial process.

The extrajudicial killing of Gadhafi was not limited to him only. According to Human Rights Watch, a group of 66 combattants accompanying the Guide were also executed after arrest, according to witnesses.

The Human Rights Watch report, "Death of a Dictator: Bloody Vengeance in Sirte", issued a year after Gadhafi's death, includes a compilation of testimonies on widespread illegal killings, where combattants were seen captured alive, seriously mistreated, and later found dead.

International law prohibits the execution of captured combattants and identifies such as war crimes. It is the responsibility of the libyan civil and military authorities to exercise their criminal jurisdiction over those responsible for such crimes.

Although different libyan authorities have been requested several times to fulfill their duty regarding "core" crimes in Libya, Human Rights Watch has recorded no signs of effective investigation.

HRW recommends that the International Criminal Court, which has been authorised by the UN Security Council to investigate war crimes in the country, should proceed in the prosecution of war criminals.

The International Court in The Hague, seen by some as instrumentalised in favour of western political interests, has been very busy since 2011 with the controversial trial of Laurent Gbagbo and his lieutenant Charles Blé Goudé for alleged crimes against humanity in Ivory Coast. After a very questionable presidential election result, Gbagbo was arrested by the French army in April 2011 (during Sarkozy's presidency), after several weeks of resistance in his home in Abidjan. His rival Alassane Ouattara, an intimate friend of Sarkozy, took over after Gbagbo's departure, with the continuing support of the French army.

Selection and suppression of leaders in Africa has been the main strategy of "post-colonial" France since before 1960 to ensure full control over its colonial assets. Nevertheless Sarkozy's role in the brutal and publically obvious clearing out of privately "unwanted" leaders has been particularly questioned by international public opinion. The suspicion of personal retaliation in the case of Gadhafi is supported by allegations of huge illegal donations combined with the deterioration of their "frienship" and business relationship.

Overdimensioned search for personal power as well as aggressive communication methods have been caracterising Sarkozy very specifically in French politics, even though the funding of electoral campaigns is a sore point by nature.

If his ambitions get out of legal control, evidence for further international political abuse and manipulation, as in the case of Gbagbo's trial according to several experts, existing evidence could turn against Sarkozy into additional investigation and prosecution.

26 mars 2016

Accord UE-Turquie: Le réfugié et sa dignité dans une Europe en déclin

Rebecca Tickle

L'entrée en vigueur dimanche 20 mars 2016 de l'accord entre la Turquie et l'Union européenne qui prévoit le renvoi en Turquie de tous les migrants arrivant sur les îles grecques, les portes du centre jusque là ouvert de Moria sur l'île de Lesbos se sont déjà refermées sur les nouveaux entrants. 


L'application de la nouvelle procédure est largement condamnée par les humanitaires, dont MSF et le HCR qui considèrent la transformation de centres d'accueil et d'enregistrement en centres de détention comme injuste et inhumain. MSF a d'ailleurs déjà plusieurs fois critiqué les conditions inacceptables de détention administratives de demandeurs d'asile en Grèce. Notamment les cas de torture sont en augmentation depuis 2011.

Les organisations humanitaires refusent aujourdhui d'être complice du nouveau système et se retirent progressivement des opérations humanitaires d'accueil en signe de protestation.

Le poncepilatisme de l'Union européenne tranche aujourd'hui dans le vif en laissant à la Grèce et ses 14 880 km de côtes méditerranéennes (la plus longue d'Europe) et à la Turquie le soin de réguler une pression migratoire que les décideurs européens n'arrivent pas à gérer autrement.

En lieu et place des structures d'accueil sur les plages des îles grecques, dont les acteurs ont d'abord été des villageois et des pêcheurs, simples citoyens grecs, les migrants sauvés des eaux et de la noyade, assoiffés de chaleur humaine, se retrouveront dorénavant face à la répression de centres de détention dès leur arrivée sur terre ferme. La procédure criminalise de facto tout accueil privé ou associatif, formellement illégal désormais. 

Un véritable cul-de-sac pour des migrants qui retrouvent devant eux le principe même de ce qu'ils ont laissé derrière eux: la violence psychologique insupportable de la négation de leur droit fondamental à la dignité humaine. 

Suite à une timide tentative de contrôle du monde des passeurs en 2015, la volonté de dissuader les voyageurs de prendre la mer, le cas échéant depuis une Turquie qui ne fait pas politiquement partie de l'Europe, est une option à laquelle on pouvait s'attendre. Une belle tactique de l'autruche en somme, essentielle néanmoins pour la classe politique européenne en prévision des échéances électorales sur lesquelles elle mise tout azimut. La question migratoire a de tout temps été le thème favori de la propagande d'extrême-droite et ces temps-ci ne font aucunement exception.

Ceci dit, la Turquie ne sera pas davantage en mesure de garantir un traitement décent aux migrants arrivant de toutes parts - malgré les contreparties négociées sans aucun doute âprement avec l'Union européenne, et dont la teneur se saura tôt ou tard - qu'elle n'a été en mesure de maîtriser le marché hautemement profito-situationniste sur ses côtes égéennes, qui a, parmi d'autres malversations, permis de vendre de nombreux faux gilets de sauvetage à des gens qui cherchent la sécurité et la vie décente qui leur est interdite chez eux. 

Les droits humains dans une Turquie titubant dans sa dictature, qui poursuit de plus belle sa répression sans merci dans le contexte d'un conflit kurde ensanglantant le pays depuis 1984, et qui se trouve, entre Syrie et Etat Islamique, au coeur d'une guerre sans queue ni tête, sont de facto en très mauvaise posture dans son agenda politique. 

En Europe, la crise socio-économique flambe encore et toujours au pays de Platon et d'Alexandre le Grand, et le respect institutionnel des droits humains y reste un problème notoire jusqu'à aujourd'hui. Les Roms dont on ne veut pas des enfants dans les écoles, ensuite les Albanais fuyant la profonde misère en Albanie après la fin de la dictature draconienne d'Enver Hoxha dans les années '90, et finalement les migrants africains qui distillent la peur de ce qu'on ne connaît pas et une méfiance primaire, font partie intégrante en Grèce d'une histoire bien ancrée de préjugés populaires, de stigmatisation et de discrimination de communautés isolées par la différence et fragilisées.

Aujourd'hui donc, l'Union européenne se met à jouer de plus en plus dangereusement avec ses limites, alors qu'elle porte parmi les premiers la responsabilité de l'origine des crises provoquent, entre autre, ce raz-de-marée migratoire aux portes de l'Europe.

Pourtant elle ne pouvait pas ignorer ce risque à moyen et à long terme dès le début de la guerre en Syrie notamment. 
Négligence stratégique peut-être, manque de vision en tout cas et surtout, démonstration du manque de préoccupation prioritaire pour les droits humains de gens qui viennent d'ailleurs. 

MSF parlait déjà de honte collective à propos des conditions de détention dès migrants en Grèce. 

Et pourtant, l'état économique catastrophique de la Grèce, membre à part entière de l'Union européenne depuis 1981, fait déjà partie de cette honte collective. L'enthousiasme aveugle face aux avantages commerciaux de l'adhésion de la Grèce a empêché les décideurs d'analyser en profondeur les risques et les stratégies de prévention des dérapages potentiels. Pourtant les éléments de risque - oligarchie kleptomane et corruption à haute dose - étaient bien présents lors de l'examen de la demande d'adhésion. La Grèce est donc devenue la figure de proue de l'échec de la culture économique ultra-libérale, première religion de l'Union européenne, le facteur sécuritaire n'étant de toute évidence qu'un alibi.

Le tsunami migratoire rejoint donc l'épave économique "Grèce", en attendant d'autres potentielles épaves, dans ce qui pourrait progressivement devenir le tombeau de l'Europe.  

Une Europe dont les besoins énergétiques sont en constante augmentation, malgré une atmosphère de semi-panique dû à la non-durabilité des principales sources d'énergie exploitées (pétrole et gaz). Les sommets mondiaux qui se suivent et se ressemblent, prônant à grand bruit l'importance d'une réflexion effective autour de la consommation d'énergie, ne servent en réalité qu'à chercher des boucs émissaires et des couvertures, plutôt que d'affronter les vraies responsabilités.

Une Europe qui cherche le beurre et l'argent du beurre en permanence.
Une Europe qui n'en a cure de l'intérêt des petites gens, prenant soin néanmoins de son électorat quand nécessaire.
Une Europe, dont les manies de "sang aux yeux" sont parfaitement identifiées par le grand visionnaire martiniquais Aimé Césaire dès avant 1950.

"Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde." (Premières lignes de "Discours sur le Colonialisme")

Eh oui. Le pas déterminé que l'Union européenne vient de franchir face à un flux migratoire multiforme, potentiellement ruinant pour tous ceux qui profitent de la prédation sauvage des ressources énergétiques par des stratégies de plus en brutales, est un pas décisif de plus qui rend l'Europe et sa civilisation résolument décadente, profondément atteinte et surtout moribonde. 

L'autoproclamé civilisateur qui avait jadis décidé de "civiliser" ceux qui satisferaient son besoin de pillage méthodique pour se développer, est en train de dévaster son environnement dans sa course effrénée au pouvoir, malgré l'extrême indécence de sa marche sur un monde de cadavres pour y parvenir.

Les images de décadence terminale sont pléthore dans l'histoire de l'Humanité. Le mythe biblique de Sodome et Gomorrhe et leur inéluctable destruction, la décadence et la dissolution de l'empire grec et ensuite de l'empire romain sont des exemples parmi d'autres. 

Aujourd'hui, le déclin déjà largement documenté de l'Occident, est subsidiairement instrumentalisé par des puissances complices du système, tel que la Russie de Poutine et l'Etat Islamique notamment, qui tout en feignant de former un rempart contre le déclin occidental, contribuent en réalité à l'amplification des symptômes au travers de leur fonctionnement identique à celui qu'ils condamnent publiquement. Pourtant quand un empire tombe, il entraine tout son réseau corollaire, son économie de guerre et ses fruits, dans sa chute. La décadence ne connaît pas de frontières. 

C'est dans ce contexte que des millions de réfugiés aujourd'hui, dont une effrayante proportion d'enfants seuls, fuient les guerres, les crimes d'Etat, les crimes économiques monumentaux, et l'injustice sociale qui en découle sytématiquement, et se retrouvent propulsés sur les routes d'une incertitude totale. A la merci des politiques outrancièrement protectionnistes et les mafias profito-situationnistes en tout genre, ils perdent tous leurs droits en tant qu'êtres humains, victimes une deuxième fois de l'abyssale déchéance de l'Occident, que la couverture de plus en plus maigre du concept "protection des droits humains" n'arrive plus à couvrir. 

Qu'ils soient syriens, afghans, togolais, nigérians ou ivoiriens, pour n'en nommer que quelques uns, ils sont tous, sans distinction, victimes d'un sytème économique et politique qui affecte profondément leur droit individuel élémentaire à une vie quotidienne décente. 

Jusque là, la répression ne concernait que le réfugié dit "économique", criminalisé, dénué de ses droits, minimisé et abusivement réprimé par ceux-là même qui donnent les leçons de droits humains. Le réfugié dit "économique" ayant soi-disant quitté sa patrie par caprice, malgré le consentement jusqu'au sacrifice potentiel de son existence dans sa quête d'une vie meilleure, perd tous ses droits fondamentaux dès qu'il apparaît sur les radars des décideurs européens. Selon son faciès, il encourt la double peine, voire la triple peine selon son appartenance linguistique ajoutée. 

Mais aujourd'hui, avec la transformation des centres d'accueil sur les côtés insulaires grecques en centres de détention, tous les migrants cherchant un refuge - sous-entendu une vie décente - sont de facto criminalisés, quelque soit la cause de leur voyage. Malgré l'inhumanité de la situation, le mérite pourrait éventuellement être l'élimination d'une classification à deux vitesses dans l'accueil du réfugié - économique versus politique - autrement plus intolérable. 

En fin de compte, tant qu'on arrive à se persuader que le destin de notre prochain ne peut jamais nous concerner, on arrivera toujours à tolérer toute l'inhumanité possible et imaginable, sans mot dire, juste pour protéger le piédestal depuis lequel le monde est contemplé avec un esprit condescendant et supérieur.

13 mars 2016

Assassinée par le système de santé

Rebecca Tickle


Une femme est morte samedi 12 mars aux portes de l'hôpital Laquintinie à Douala, sur un simple pagne à même le sol. Elle s'appelait Monique Koumateke, elle avait 31 ans.

Enceinte de jumelles, elle était à terme. L'accouchement avait commencé à la maison et l'affaire se compliquait. Les deux bébés étaient vivants quand leur maman est arrivée inconsciente aux Urgences de l'hôpital.

L'argent demandé pour la prise en charge n'était pas là, et les médecins et les infirmières avaient refusé de l'assister, malgré l'extrême urgence de la situation.

La maman étant ensuite déclarée décédée, il fallait de toute urgence extraire les jumelles. Malgré la tentative désespérée de la petite soeur de Monique pour sauver les petites, elles sont décédées malgré leur extraction du ventre de leur mère, toujours sans aucune assistance médicale devant la porte fermée de l'établissement.

La petite soeur de Monique est en ce moment en garde à vue en raison de son "acte chirurgical illégal". Et pourtant le contexte camerounais d'une structure hospitalière intensément catastrophique et d'un système sanitaire abandonnant les citoyens camerounais globalement à leur sort est un fait établi depuis des années.

Force est de constater que, malgré l'extrême richesse du sous-sol camerounais, malgré les milliards issus de contrats conclus par le gouvernement avec des partenaires commerciaux internationaux, malgré les immenses ressources humaines et intellectuelles que compte le pays, Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, n'est pas capable de garantir les droits humains les plus élémentaires du citoyen camerounais.

Pendant que les dignitaires et autres "nantis" du régime se font soigner en Europe à tout moment, cette femme et ses deux enfants se sont vu violer en un instant leur droit fondamental à l'égalité en droits, et notamment leur droit à la vie.

A une gouvernance assise sur une corruption à outrance et une culture du détournement de fonds publics massifs, s'ajoute une impunité omnipotente et complètement déshumanisante.

L'lntolérable est devenu une norme qu'on ne questionne plus, renforcé par le sempiternel populaire "on va faire comment", qui justifie l'absorption généralisée de l'inacceptable.

Le Directeur de l'Hôpital Laquintinie dirige quoi en fin de compte? Et que dire du traitement réservé au serment d'Hippocrate par un personnel médical en toute connaissance de cause, qui dit entre autre au médecin fraîchement diplômé que "je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice"?

Et le ministre de la santé publique, qui ressemble davantage à un ministre des constructions à but lucratif, qu'a-t-il à dire de la situation inacceptable du refus de patients, particulièrement en danger de mort, par les médecins et les directeurs d'hôpitaux camerounais?

Qu'en dira finalement le Premier ministre et le Chef de l'Etat himself?

Mis à part un taux mortalité élevé connu à la maternité de Laquintinie (on parle de 700 femmes décédées sur 5000 accouchement, soit 14%, et 100 bébés décédés sur 1000 naissances, 10%), que l'on espère voir à la baisse depuis l'ouverture de la nouvelle maternité en février 2016, Laquintinie a notamment été au coeur d'un scandale de trafic d'organes en 2012. En marge de la gestion de la crise, la nécessité d'améliorer la dimension éthique de la profession de médecin avait été mise en exergue. Mais malgré les mesures disciplinaires prises à l'époque, demandées par le ministre de la santé publique, un grave problème de déontologie subsiste de toute évidence. Car licencier du personnel tout en-bas de l'échelle ne peut servir que de couverture à des incompétences au niveau décisionnel.

Trouvera-t-on cette fois-ci un bouc-émissaire (ou couverture) en la personne de la petite soeur de Monique Koumaté qui n'a cherché qu'à réparer, sans succès, la faute d'éthique médicale de non-assistance de personne en danger?

Quant à la société civile camerounaise, tant intérieure qu'extérieure, quel sera son poids pour un progrès durable, si d'aventure des actions conscensuelles et convainquantes sont posées ces prochains jours?

André Mama Fouda, ministre de la santé publique (Cameroun)
En scrutant les antécédents du ministre André Mama, ce sont d'abord les détournements astronomiques de fonds d'aide internationale qui sautent aux yeux. En autre, GAVI Alliance, dans son audit pour la période 2008-2011, avait repéré des fraudes avérées de plus de 850 millions de FCFA sous forme notamment de fausses factures

Si une fois encore rien de sérieux ne bouge à la tête de l'Etat camerounais et dans les hiérarchies médicales et administratives des individus responsables de la non-assistance à Monique Koumaté et à ses jumelles, ce ne sera qu'une victoire de plus à la gloire de l'impunité qui étouffe le peuple camerounais comme un boa constrictor.

En somme, la malgouvernance et le non-respect des droits fondamentaux d'une population et son abandon au profit d'un enrichissement personnel illicite exclusivement, comme cela se passe au Cameroun et ailleurs, n'est ni plus ni moins un crime contre l'humanité.

Les circonstances de la mort de Monique Koumateke et de ses jumelles sont en outre une belle démonstration de la persécution et de la guerre à basse intensité que livre le gouvernement du Cameroun à chaque individu sur sol camerounais, à travers notamment la violation systématique des droits fondamentaux de la personne humaine.