Burundi: Entre silence et négationnisme

Rebecca Tickle


Ce qui se passe au Burundi aujourd'hui nous rappelle les heures les plus sombres des juntes militaires en Argentine et au Chili de Pinochet. La disparition forcée, la torture et les exécutions extrajudiciaires de dizaines de milliers de civils avait été l'arme de destruction massive no 1 contre le peuple et avait à l'époque choqué le monde entier. Ces exactions avaient à l'époque été  cautionnées par les Etat-Unis notamment. Est-ce qu'on avait à l'époque demandé aux civils martyrisés de dialoguer avec Pinochet!?

Du chantage déguisé en dialogue. C'est tout.
Et ceux qui demandent que les résistants au 3ème mandat - illégitime - de Nkurunziza, passent au dialogue ne deviennent-ils pas complice de ce chantage à défaut d'être inconscient de la situation? N'a-t-on donc pas encore compris de quoi le sieur est capable d'infliger au peuple qui l'a librement et démocratiquement élu?

La menace, probable et justifiée dans l'absolu, de Kagamé le tutsi rwandais, expansionniste patenté, ne saurait être une raison pour prendre parti en bloc contre les résistants aux manières de Nkurunziza.

Finalement aujourd'hui, qui émeuvent les dizaines de milliers de Burundais subissant les mêmes sévices qu'à l'époque les Chiliens et les Argentins notamment, ou croupissant par centaines de milliers dans des camps de fortunes plus ou moins organisés dans les pays voisins?

Pourtant le genre de complicité extérieure est strictement le même.

Quelqu'un osera-t-il dire que ces horreurs sur le continent africain touchent moins le monde parce qu'on a tellement dit que les Africains s'entretuent par ethnies interposées? Que les Africains sont par définition des sauvages? Qu'ils sont traditionnellement nuls, culturellement incapables de s'organiser et de s'unir pour une cause?

Moi personnelement je dit NON! Même si cela n'engage que moi.
De tels arguments sont trop facile à proférer. Un très bon prétexte pour ne rien faire.

Tout cela n'est que du révisionnisme conscient ou inconscient. La marque encore très difficilement délébile de l'esprit du colonisé d'une part et du mépris du colon d'autre part.

Ce qui compte est moins la flagellation et l'autoflagellation de populations noires que le résultat.

Quand on est noir, les massacres sont banalisés et niés. Négationnisme et négrophobie sont les point forts de l'immobilisme mondialisé devant des catastrophes humanitaires d'un autre temps, drames de dimension tsunamique sans exagération, que le pillage des ressources naturelles et la géostratégie y afférente oblitèrent dans les agenda des gens de bien après un premier "oh" scandalisé.

C'est comme cela que François Fillon, ancien Premier Ministre français, de passage à Yaoundé en 2009, a eu l'aplomb d'affirmer que les crimes de la France au Cameroun, qui avaient causé entre autre plus 600 000 morts bombardés au napalm, était "de la foutaise". L'annulation de l'existence de centaines de milliers de villageois, d'un mouvement désinvolte de la main.

Nous réfugierons-nous encore derrière des réflexes de colonisés, répliquant une arrogance de colon pour se hausser dans la hiérarchie sociale mondiale?

Ce qui se passe au Burundi depuis des mois est TOTALEMENT INTOLÉRABLE et cette situation n'est pas un nouveau petit drame africain où des noirs sont massacrés chaque jour, comme le veut la logique routinière.

En terme de pertes humaines il faut mille fois le récent massacre de Paris par des terroristes. Qui va donc aller à Paris et dire à M. Hollande qu'il s'agit de la foutaise ce qui s'est passé le 13 novembre dernier au Bataclan?

La faute au rapport de force?
Alors parlons-en........

Où est le plaidoyer contre les assassinats  de masse que Nkurunziza est en train de commanditer?

Sérieux!!!! On est où là!!?

#IlFautLibererLeBurundi

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