26 décembre 2015

RCA: Affaire de bastions

Rebecca Tickle

"Noureddine dans son bastion de la Vakaga."
"Ziguele dans le bastion de Bozizé."
"Boyrabe le bastion des milices chrétiennes"
"Km5 bastion des (ex-)Seleka".

Je n'invente rien... regardez sur Google. L'expression s'utilise aussi au second degré bien sûr, mais en République Centrafricaine il s'agit toujours du premier degré.

Une saga de violences cycliques qui dure depuis les 55 ans de ce que certains appellent l'indépendance de la RCA. Une saga où les violences épisodiques se transforment en places fortes dans un climat de vengeance victorieuse. Construit dans la justification du sang coulé et armé de défenseurs adeptes de la Pensée unique, un coin potentiellement paisible devient un bastion où les citoyens font ce qu'ils peuvent pour faire avec, puisque ce sont les leurs et qu'on leur dit que c'est comme ça.

Le bastion des tartanpions en mal de mangeoire et de butin, la guerre des fiefs, voilà ce qui caractérise la guerre en RCA depuis trop longtemps. Le temps des rébellions, où chaque chef de guerre autoproclamé est devenu un terroriste pour les populations civiles, perpétuant sa posture même quand il se retrouve dans le giron du pouvoir qu'il a collaboré à prendre par la force.

De protection supposée, le Bastion est devenu bunker pour que nul ne puisse déloger le locataire abusif. Il est aussi siège de la destruction du tissu national et de l'unité qui fera invariablement perdre le pouvoir au malfrat qui s'y abrite avec sa milice privée comme le vers dans un fruit.

Une guerre moyenâgeuse, variant en intensité selon les temps qui courent, mais dont les victimes civiles se comptent par dizaine de milliers depuis des décennies.

En vérité, tous les "bastions" sont appelés à être démantelés à condition que l'on désire l'évolution de la RCA vers le meilleur.

L'eau est passée sous les ponts et il est temps de se concentrer sur la Nation, plus complète, unité de mesure inévitable malgré la toxicité de son origine coloniale, mais incontournable aujourd'hui en terme de front uni devant des défis surdimensionnés.

Cela ne signifie en rien la perte des spécificités locales ou leur minimisation, bien au contraire. Il devra justement s'agir de les mettre en valeur et d'en encourager le respect au plan national afin que finalement aucune région, aucun groupe socio-politique ne soit perdant en fin de compte. Impensable selon certains, parfaitement faisable selon d'autres. Et tout projet commence toujours par un rêve.

L'unité nationale face à des objectifs, des défis, des obstacles et des embûches. Un front en faveur du Bien commun et un territoire national si malmené, vilipendé et abandonné à son sort au nom de la guerre des fiefs à la recherche d'un Graal appelé "Butin".

La Nation, un château fort face à l'ennemi qui convoite sans cesse ses terres et ses richesses. L'ennemi-ci existe depuis la nuit des temps.

Tout tourne ensuite autour de la définition de l'ennemi. Une notion qui a été brutalisée et tortionnée à souhait en Centrafrique "indépendante", prenant en otage des populations entières, qui, impuissantes, subissent leur destin apparent de boucliers humains, de boucs émissaires ou de chair à canon déguisée en porteurs de machettes et de grigri.

La promotion de bastions, par des tiers le plus souvent, reste dans le langage guerrier, subliminal dans certains médias, l'expression la plus pure de la division ethnique dans une culture rétrograde d' "oeil-pour-oeil, dent-pour-dent", où tu me voles une chèvre, je t'en vole donc dix. L'escalade de la violence inter-communautaire devient inévitable et surtout permanente, empêchant toute forme de progrès. Justement!

Les prédateurs tout azimut, pour qui l'inattention générée par des disputes en cul-de-sac devient une diversion très efficace pour la course à l'échec et mat, s'organisent en vue du fait accompli definitif. Ils sont nombreux, et on ne peut toujours leur en vouloir entièrement tant certaines brèches sont laissées béantes.

Donc, affaire de bastions là, arrêtons cela très vite. La vie de nos compatriotes en dépend tout d'abord. La pénétration des esprits par des idées malfaisantes vehicule une haine intercommunautaire artificielle qui ne sert qu'à promouvoir des appétits égocentriques et des intérêts du pré-carré néocolonial. La chronique annoncée du bain de sang et de la désolation profonde dans tous les foyers.

Comme tout le monde le sait, le territoire centrafricain et ses fruits appartient à tous les Centrafricains. Affaire de bastion c'est de la diversion appuyée par des médias qui aiment jeter l'huile sur le feu, à dessein sans aucun doute.

Que ces élections qui commencent l'avant-dernier jour de 2015 soient celles de la promotion de la prospérité pour tout citoyen centrafricain sans exception. Que s'ancre dans les esprits que le concept Magouille est stérile et que l'étau se reserrera toujours autour de ceux qui la pratique.

Que la vision d'enrichissement personnel et népotique illégal deviennent une source de vigilance et de conscientisation pour tout Centrafricain en faveur d'un partage transparent et progressiste du pactole national.

Ne perdons jamais de vue le pouvoir d'un peuple conscient. Un peuple qui connaît ce qui est bon ou mauvais pour lui, saura aussi puiser ses forces au bon endroit pour chercher à se renforcer dans le Théâtre des Nations.

Bastion est donc égal à sable dans les rouages. L'oppositionnel armé en permanence. La défiance à toute pression qui cherche à lui barrer la toute. Le Poison de la Nation.

Le peuple centrafricain en a marre.
Que cesse enfin la guerre des bastions.

21 décembre 2015

La peur de l'opinion de l'électeur

Rebecca Tickle

Encore un "scoop médiatique" où on nous dit ce qu'on veut qu'on sache, que je lis ce jour au sujet d'un candidat à l'élection présidentielle prochaine.

Et voilà donc la réflexion que je me fais chaque fois que j'en vois un, quelque soit le candidat visé.

D'abord, la peur de l'avis que l'électeur exprimera le jour du scutin est flagrante.
La grande peur que l'électeur, que l'on fait semblant de prendre pour un bébé qui ne sait pas ce qu'il veut, ne votera pas pour le candidat "qu'il faut". Les critères - affairistes, népotiques, ethniques, historico-conflictuels et autres - sont un autre sujet, bien vaste. En tout cas, pour ces appréhensifs-là, il faut de toute évidence un vainqueur et des perdants avant le résultat de l'élection. Et la fin justifient les moyens dit-on.

Comme la Pensée unique n'a jamais quitté les esprits et que par conséquent chacun se croit seul détenteur de la Solution, il faut se montrer tout en-haut et tous les autres en-dessous. État d'esprit qui rend agressif dans un cadre où tout se joue sur la prédation du scandale géologique en présence et les affaires y relatives.

Au lieu d'essayer de promouvoir - ou de critiquer de façon constructive -, pour se hisser vers le haut dans les débats, des programmes de société en vue des élections prochaines, on préfère descendre celui que l'on estime menaçant, pour se donner l'impression de monter soi-même.

La stratégie, essence même d'une médiocratie omniprésente, est tellement typique de la mentalité dans certains milieux en Centrafrique et en Afrique centrale, ou ailleurs. La duplication du schéma à toutes les sauces dans des sociétés qui n'ont jamais vécu autre chose que des abus politiques tout azimut, fait qu'il n'y a jamais vraiment ce scoop médiatique de destruction massive si ardemment désiré par les initiateurs. A condition bien sûr qu'on y voie clair.

Il s'agit surtout d'une agitation empreinte de fiel et de vengeance personnelle ou politique, faisant partie intégrante d'une culture de la division et de la diversion. Un état d'esprit qui appelle au détournement du regard public de l'indéfendabilité éventuelle de son propre programme, mais aussi des vrais enjeux électoraux que constituent la transparence et la cohérence de la démarche électorale en cours.

Pourtant le risque de fraude électorale notamment, dans ces elections à venir, avec les mobiles mangeocratiques et affairistes habituels autant internationaux que nationaux, est le tout grand danger en aval. Des moyens existent pour détecter les irrégularités et les dénoncer, mais pour cela il faudrait pouvoir se concentrer sur la question et s'organiser. Le début d'une véritable campagne de promotion pour une émancipation politique digne de ce nom et la prise en main consciente de la destinée de leur Nation par les citoyens centrafricains.

Une victoire électorale reflétant la volonté du peuple et rien d'autre, est un concept qui n'a jamais existé en Afrique centrale du moins, en République Centrafricaine le cas échéant - appellation qui n'est d'ailleurs qu'un grossier leurre, tout comme le canard en plastique au milieu de la mare dans la chasse aux succulents volatiles.

Puisqu'on a créé le semblant d'exister d'une démocratie de course aux canards, pourquoi ne pas profiter pour prouver qu'on n'est pas dupe? Par si simple à faire qu'à dire, on est bien d'accord.

Il n'est jamais trop tard, mais pour le moment c'est raté. Et ceux qui profitent du système en vigueur dans lequel les esprits se doivent de rester dans le raté éternel se frottent les mains.

Le mépris pour le peuple centrafricain, et surtout la peur de son opinion, continuent donc à jouer sur un terrain déjà extrêmement précaire et fragile, auquel quelques citoyens, qui se croient respectables, participent. Un terrain où toutes les failles affaiblissantes sont judicieusement exploitées.

Les moules implacables du colon et du colonisé sont là, ne sachant fabriquer que des vautours qui se délectent de la mort du Tolérable socio-politique.

La capacité de résister à la diversion, manipulation de masse, est un pas en avant essentiel vers une conscientisation qui sera sans le moindre doute la ruine de qui voudra rire, par habitude peut-être, du Droit et du Superflu du citoyen centrafricain.

13 décembre 2015

Centrafrique: L'exercice du Droit de Vote

Rebecca Tickle


13 décembre 2015
Jour de référendum pour ou contre la proposition de la nouvelle Constitution.

Ce jour est important. ON VOTE.

Nombreux seront ceux qui se rappelleront d'avoir apporté aujourd'hui leur pierre à l'édifice qu'ils espèrent voir dorénavant sur le chemin pacifique de la reconstruction.

Certains autres néanmoins, se souviendront d'un jour de violence armée ordinaire, d'un jour de violence politique de plus.

Aujourd'hui dans le "jardin" de Bozizé, Bossangoa ne vote pas. Des hommes en armes ont tiré dès 3h du matin pour empêcher les électeurs d'accomplir leur devoir et aussi leur droit de Citoyen.

"Celui qui s'approchera d'un bureau de vote sera tué" ont décrété les gangsters de la République.

Bossangoa ville morte. Les boutiques sont fermées. Pas la moindre activité hormis les allées-venues des gangsters en armes dans les rues, ayant pris le relais des tirs de dissuasion qui se sont tus vers 7h.

Véritable scène de Far-West.

La promesse de la terre brûlée dans toute sa splendeur, tenue avec la plus belle des rigueurs.

Le message est clair: "C'est Moi ou Rien."

Les gens de Bossangoa vivent dans le Rien, aujourd'hui particulièrement où  leur droit politique leur est nié. On ne pouvait faire plus belle illustration d'une certaine gouvernance, où la citoyenneté du Centrafricain lamda, quelque soient ses croyances, est foulée dans la boue et dans le mépris de ceux qui ont pris les commandes un jour et qui refusent de les lâcher.

CQFD

Même schéma chez les autres dans leur NordSudOuest annexé du "Logone", un hémicorps centrafricain arraché dans un parfum de poudre à canon, au fond de l'imaginaire pathologique d'une bande de hors-la-loi à la solde du Grand d'à côté.

Dans ce fief-là, il a déjà été décrété par le roi Noureddine, qu'il sera interdit de participer à l'élection prochaine du prochain président de la République Centrafricaine.

En attendant, à Bangui aujourd'hui on a voté. Dans les bureaux de vote de l'Orphelinat de St. Charles, de l'école mixte de Gobongo, de l'école Petevo, de l'école maternelle de Lakouanga, de la Mairie, de l'école SAO, de l'école Nzangognan dans le 6e arrondissement, de l'école Collomb à Ngaragba, les électeurs ont fait la queue et ont voté depuis 7h30 du matin. A Bouar aussi on a donné son avis dans les six bureaux de vote de l'Ecole Hermann.

Mais les milices boycotteuses n'ont pas seulement sévi à Bossangoa. A Bria aussi le boycott a été décrété.  Quant à Bangui, des fusillades ont été entendues dans la matinée à Gobongo faisant des blessés, et Koudoukou a été le théâtre d'affrontements à l'arme lourde pendant 2h faisant plusieurs victimes. En raison des échauffourées, les habitants du Km5 ont finalement voté à l'école Gbaya Dombia.

Le refus de manipulations dont tous ont maintenant compris le sens, de ceux qui, ouvertement et une fois encore, ont déclaré la guerre aux Centrafricains qui veulent la paix et la reconstruction avant tout, auront marqué cette journée mémorable. Le résultat du vote est en fin de compte secondaire.

Comme la liberté de penser est inviolable, les ennemis de la Paix perdront tout finalement, comme tous ceux d'ailleurs qui veulent toujours trop gagner.

12 décembre 2015

Burundi: Entre silence et négationnisme

Rebecca Tickle


Ce qui se passe au Burundi aujourd'hui nous rappelle les heures les plus sombres des juntes militaires en Argentine et au Chili de Pinochet. La disparition forcée, la torture et les exécutions extrajudiciaires de dizaines de milliers de civils avait été l'arme de destruction massive no 1 contre le peuple et avait à l'époque choqué le monde entier. Ces exactions avaient à l'époque été  cautionnées par les Etat-Unis notamment. Est-ce qu'on avait à l'époque demandé aux civils martyrisés de dialoguer avec Pinochet!?

Du chantage déguisé en dialogue. C'est tout.
Et ceux qui demandent que les résistants au 3ème mandat - illégitime - de Nkurunziza, passent au dialogue ne deviennent-ils pas complice de ce chantage à défaut d'être inconscient de la situation? N'a-t-on donc pas encore compris de quoi le sieur est capable d'infliger au peuple qui l'a librement et démocratiquement élu?

La menace, probable et justifiée dans l'absolu, de Kagamé le tutsi rwandais, expansionniste patenté, ne saurait être une raison pour prendre parti en bloc contre les résistants aux manières de Nkurunziza.

Finalement aujourd'hui, qui émeuvent les dizaines de milliers de Burundais subissant les mêmes sévices qu'à l'époque les Chiliens et les Argentins notamment, ou croupissant par centaines de milliers dans des camps de fortunes plus ou moins organisés dans les pays voisins?

Pourtant le genre de complicité extérieure est strictement le même.

Quelqu'un osera-t-il dire que ces horreurs sur le continent africain touchent moins le monde parce qu'on a tellement dit que les Africains s'entretuent par ethnies interposées? Que les Africains sont par définition des sauvages? Qu'ils sont traditionnellement nuls, culturellement incapables de s'organiser et de s'unir pour une cause?

Moi personnelement je dit NON! Même si cela n'engage que moi.
De tels arguments sont trop facile à proférer. Un très bon prétexte pour ne rien faire.

Tout cela n'est que du révisionnisme conscient ou inconscient. La marque encore très difficilement délébile de l'esprit du colonisé d'une part et du mépris du colon d'autre part.

Ce qui compte est moins la flagellation et l'autoflagellation de populations noires que le résultat.

Quand on est noir, les massacres sont banalisés et niés. Négationnisme et négrophobie sont les point forts de l'immobilisme mondialisé devant des catastrophes humanitaires d'un autre temps, drames de dimension tsunamique sans exagération, que le pillage des ressources naturelles et la géostratégie y afférente oblitèrent dans les agenda des gens de bien après un premier "oh" scandalisé.

C'est comme cela que François Fillon, ancien Premier Ministre français, de passage à Yaoundé en 2009, a eu l'aplomb d'affirmer que les crimes de la France au Cameroun, qui avaient causé entre autre plus 600 000 morts bombardés au napalm, était "de la foutaise". L'annulation de l'existence de centaines de milliers de villageois, d'un mouvement désinvolte de la main.

Nous réfugierons-nous encore derrière des réflexes de colonisés, répliquant une arrogance de colon pour se hausser dans la hiérarchie sociale mondiale?

Ce qui se passe au Burundi depuis des mois est TOTALEMENT INTOLÉRABLE et cette situation n'est pas un nouveau petit drame africain où des noirs sont massacrés chaque jour, comme le veut la logique routinière.

En terme de pertes humaines il faut mille fois le récent massacre de Paris par des terroristes. Qui va donc aller à Paris et dire à M. Hollande qu'il s'agit de la foutaise ce qui s'est passé le 13 novembre dernier au Bataclan?

La faute au rapport de force?
Alors parlons-en........

Où est le plaidoyer contre les assassinats  de masse que Nkurunziza est en train de commanditer?

Sérieux!!!! On est où là!!?

#IlFautLibererLeBurundi