30 octobre 2015

Centrafrique: Un scénario béton

Rebecca Tickle


Les violences récurrentes à Bangui depuis plus d'un an et demi, suivent un schéma rigoureusement identique à chaque événement.

Détail de "Guernica", Pablo Picasso
Le scénario commence par un ou plusieurs assassinats ciblés, provoquant représailles indiscriminées et images d'horreur savamment distillées, psychose et haine intercommunautaire, déplacements massifs de civils, destruction méthodique du très fragile tissu socio-familial, dans un cadre plus général de pillages et destruction de plus ou moins maigres biens personnels et de maisons, ainsi que de tueries sporadiques. Le raz-le-bol général s'est laissé dépasser par un épuisement total et un sentiment d'impuissance plus abyssal que jamais.

TOUJOURS LE MÊME SCENARIO

Ce qui interpelle particulièrement est que l'événement déclencheur est toujours le même. Ce qui prouve que ceux qui l'activent le trouvent efficace.

Ensuite, les questions qui coulent de source, dont les décideurs connaissent de toute évidence les réponses, ne sont pourtant pas adressée de manière assertive par les acteurs qui peuplent le ciel de Bangui dans le but de résoudre la crise centrafricaine.

Pourtant les moyens pour fonder les réponses et pour prendre les mesures qui s'imposent, sont largement là.

Qui donc alors déclenche ce scénario-catastrophe à répétition?
Avec quel objectif?
Qui sont les bénéficiaires et les sponsors?
D'où viennent les ressources utilisées, qui les fournit et comment?
Quelles sont les complicités en présence?

Des questions interconnectées, qui, tant qu'elles ne sont pas officiellement posées au "cluster" des divers acteurs chargés de résoudre la crise centrafricaine, en dehors de l'esprit centrafricain lamda, et que les réponses ne sont pas clairement exposées sur la place publique sous le soleil de midi, nous pourrons nous lamenter pendant 100 ans, inutilement.

Le fond de l'histoire est que toutes ces vérités sont confortablement installées dans un immobilisme délibéré, dans un environnement de mauvaise foi et de langue de bois omnipotent qui caractérise Bangui depuis belle lurette.

En fin de compte, le citoyen centrafricain lamda est superflu, c'est ça qui compte.

19 octobre 2015

Le vrai pouvoir: le cas centrafricain

Rebecca Tickle


Les débats très polémiques, dans la sphère centrafricaine, sur l'éligibilité ou non du candidat lamda aux élections sont intéressants, pour ce qui concerne notamment la centaine de candidats encore autoproclamés, puisque l'inscription formelle n'a pas encore eu lieu.

Le vrai problème pourtant est bien moins l'éligibilité d'un individu, que la raison pour laquelle l'électeur choisit un candidat.

La compétence n'a pas de couleur ethnique et inversément, le népotisme, le clanisme et le copinage n'ont rien à voir avec la compétence.

La construction d'une Nation a besoin de compétences et d'intégrité. Même l'intellectuel n'est pas forcément intègre. Il peut même être très malhonnête.

C'est donc finalement la capacité de discernement de l'électeur qui est la clé secrète.

Encore faut-il savoir ce que l'ont veut exactement en votant pour un tel ou un tel, le concept du consensus n'existant souvent plus depuis belle lurette dans des sociétés volontairement déchirées et détruites pendant des lustres, avec comme conséquence le cas du Centrafrique aujourd'hui.

Le Bien de la communauté?
C'est même quoi la communauté finalement...?
Et corollairement, du Bien de qui parle-t-on?

Où sont les modèles......
On n'a que les exemples de ce qui ne va pas ou plus... puisque les succès ne concernent qu'un groupe restreint d'individus.

La force n'est-elle vraiment que dans la tyrannie et l'oppression?  Ou dans le #foutagedegueule?

Pourtant ces éléments de force ne peuvent sévir que dans un contexte où la tolérance systématique de l'intolérable est devenue la norme, où l'on se définit comme irrémédiablement faible et impuissant. Un contexte dans lequel on a baissé les bras, battu par l'usure. L'usure de croyances insufflées par le lavage de cerveau des fabricants de faiblesse et d'indignité.

Et pourtant.

La force est du côté de celui qui se croit fort. La faiblesse du côté de celui qui se croit faible. Les croyances se cultivent. La Faille ensuite se développe là où la capacité de pouvoir est négligée et occultée.

L'autoproclamé Fort ne peut jamais accepter que le diminué prenne, ou même trouve, la piste pour sortir de la faiblesse. C'est là que l'on comprend que le Fort n'est fort que parce que l'autre est faible. Constatation essentielle pour ceux qui savent que ce sont d'abord les failles qui diminuent la force d'une entité.

Finalement tout est dans la recherche de la conscience de sa force potentielle, par définition une force qui existe bel et bien.

Le Faible, comme le Fort, a son histoire, avec ses héros, ses martyrs et ses erreurs. Intouchables à jamais. Aucune tranche d'histoire n'a plus de valeur qu'une autre, n'en déplaise à M. Sarkozy. Tout est dans les leçons qu'on en tire et du sentiment de force qu'on en extirpe.

L'histoire de l'Humanité est unique et inviolable. Elle est, tout simplement. En nier ou réviser une partie ne change rien à la réalité de son contenu. L'essence de tout individu sur terre.

Tout comme le droit de penser, qui constitue une liberté permettant la survie de cette histoire.

Il y a donc bel et bien des choses que même le Fort ne peut pas toucher. Une faille donc.

Pour le Faible, de penser qu'on est capable d'être fort, c'est la ruine pour son détracteur. Les exemples de force sont dans l'histoire de chacun. Tout comme les exemples de choix constructifs existent dans toutes les sociétés.

La foi en sa force comme agent du changement est l'élément-clé qui terrorise ceux qui pensent qu'ils sont forts à jamais.

La diversion et la division sont la force de ceux qui n'ont plus d'autres arguments pour maintenir le faible dans la croyance de son impuissance.

Luttons pour la conscience et la conviction de ce que nous sommes capables d'accomplir. Cette conviction propre est ce qui inspirera les fissures et les failles dans les murs du Fort. Et enfin, ce que tous auront vu comme invincible et éternel, s'affaissera comme un château de cartes pour finalement fondre comme neige au soleil.

Un choix électoral conscient et constructif pour un développement humain qui tient la route est encore difficile à obtenir en RCA notamment dans le contexte actuel. La roublardise, la manipulation et la culture du vol aggravé sont profondément ancrés dans le tissu socio-politique centrafricain. Le pouvoir à tout prix donneront le sang aux yeux des malfrats, de la salive aux rengaines de quartier du style "maintenant c'est notre tour", encore longtemps.

Avec ceux qui vouent une opposition déterminée au clanisme affairiste et antisocial, levons notre verre au réveil et à la longue vie du choix citoyen de la compétence vérifiée et intègre.