Burkina Faso: Médiation ou ultimatum?

Rebecca Tickle


Selon RFI ce matin, Macky Sall vient aujourdhui présenter à Abuja à la CEDEAO le résultat de sa médiation pour un compromis de sortie de crise obtenu pendant ses trois jours passé à Ouagadougou.


RFI maîtrise vraiment l'art de la torsion et de la désinformation en faveur de tout organe fonctionnant pour les intérêts de la France en Afrique. La réalité des faits sur le terrain n'est qu'un jeu de bilboquet pour un média qui ressemble davantage à une agence de propagande qu'à un média d'information.

Toutes les composantes de la CEDEAO ont été témoins de l'échec de ce qui devait être la médiation de Macky Sall. Les clauses du protocole d'accord a été produit sous la pression de la société civile et nettement en faveur d'une échappatoire royale pour les putschistes, garantissant le retour des amis de Compaoré aux affaires.

Macky Sall ne connaît manifestement pas la définition d'une médiation, puisqu'il s'agit ici d'un ultimatum de putschistes avec des angles arrondis pas CEDEAO et non d'un compromis. La pression de la rue a été un contexte incontournable, et le putschiste en chef Gilbert Diendéré a pensé qu'avec l'intimidation du chantage, il s'en sortirait.

"Je remettrai le pouvoir aux civils de la Transition quand le protocole d'accord sera signé" a-t-il dit, dans un climat de désapprobation générale.

C'était sous-estimer la maturité de la société civile et le courage d'un Kafando pourtant brutalement acculé. La réponse est venue en bloc, sans discordance, appuyée par la société civile africaine de toute part. La proposition de sortie de crise est inacceptable pour le peuple burkinabè. On ne badine pas avec le sang versé, et la clique d'assassins d'un pouvoir adoubé par la France ne fait plus peur.

Ce qui devait être la médiation de Macky Sall est devenu un acte de trahison de la CEDEAO et une déclaration de connivence pour l'impunité des caciques compaorisés en 2014 après 27 ans de pouvoir et de leur bras armé le RSP.

La pression de la société civile, balayant le compromis "proposé", est la principale raison du désistement des putschistes et donc de la désamorce de la crise actuelle. La reddition des éléments du RSP signe de facto la fin du putsch. Dès lors, la Transition doit pouvoir reprendre son cours là où il avait été interrompu.

Mais de toute évidence la CEDEAO, avec les casseroles qu'elle traîne derrière elle, veut nous forcer à avaler un compromis qui n'existe pas. Ne s'agit-il pas plutôt de nouvelles conditions que l'on veut introduire de force dans la Transition?

Le fait que le chef d'Etat de la Transition, Michel Kafando, n'est pas convié au sommet d'Abuja est déjà un soufflet incommensurable à l'encontre de la dignité de la nation burkinabè.

Le besoin de revoir des alliés de Compaoré au pouvoir à Ouagadougou est-il devenu lancinant pour l'ancien colon au point d'inventer des compromis, peut-être même un putsch pour déranger  l'ordre établi pour des élections sans compaorisés?

C'est la sortie d'Abuja qui va nous le dire. L'issue du sommet d'une CEDEAO partiale avec un Macky Sall qui n'a pas réussi à faire ce que ses supérieurs lui ont demandé, face à un leader burkinabè qu'on n'a pas sonné, mais avec dans la balance une société civile qui n'est plus d'accord qu'on lui marche sur les pieds.

En tout cas, courage braves gens!
Nous vous regardons et vous transmettons tout l'espoir et l'admiration du monde.

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