24 septembre 2015

Une Constitution très démocratiquement adaptée

Rebecca Tickle

Le dernier troisièmo-mandatiste, se lance dans la course, enfin, depuis son bord du Golfe de Guinée. 
Nous sommes vraiment soulagés car on ne s'y attendait plus.

Après avoir jaugé l'état de l'opposition gondwanaise, de la société civile gondwanaise et surtout l'impact de la tentative sur le résultat en observant son compère burundais, il a conclu que c'était très jouable.

Même une délégation de chefs d'Etat africains pour venir demander aux Gondwanais de se réconcilier avec leur leadership, il est très sûr qu'il n'y en aura pas, puisque tous les Gondwanais sont très contents de lui.

En plus il vient de finir de célébrer en grande pompe les Jeux africains 2015 dans un quartier résidentiel à la périphérie de Gondwana City dont les constructions étaient initialement prévues, parait-il, pour reloger de nombreux sinistrés du drame de mars 2012. Qu'à cela ne tienne, les 17 000 sinistrés, suite à l'explosion d'un dépôt de munitions en plein quartier populaire, comprendront parfaitement le calendrier omnipotent, mais toujours bienveillant, des priorités.

Les Gondwanais seront par conséquent trop ravis de soutenir leur leader, qui règne déjà librement et démocratiquement depuis 19 ans, tant il est aimé par ses ouailles.

Depuis sa prise de pouvoir dans une douceur légendaire en 1997, son élection de 2009 avec 78.6% des voix, y compris une estimation de 90% d'abstentions et de fraudes, un grand malentendu certainement, illustre bien l'admiration sans bornes des Gondwanais pour leur Choix implicite.

Le chef des Gondwanais est tout bonnement victime de son succès et se doit juste, simple formalité, d'adapter la Constitution à sa popularité exponentielle.

Vraiment sans le vouloir, on ne peut s'empêcher d'imaginer la suite, très typique finalement pour une république très très démocratique, même si les similitudes avec d'autres situations sur le continent sont purement fortuites.

Quand l'affaire sera dans le sac, le suivant pourra prendre la relève. Pour un progrès efficace, il n'est pas bon que tout le monde fasse la même chose en même temps. C'est mieux d'échelonner.

Merci Mamane pour la couverture.

Au Burkina Faso des gens patients

Rebecca Tickle


"Pour moi le putsch est terminé, et on en parle plus." --- Gilbert Diendéré, 23 septembre 2015.

De toute évidence,  le malfrat a obtenu l'amnistie.... de la CEDEAO. Une ingérence illicite dans les affaires intérieures du Burkina. Une culture de l'impunité imposée et entretenue par un pouvoir extranational, dont on connaît bien le tenant des ficelles.

La laideur de la recherche explicite et permanente de l'impunité est présente à chaque instant dans les esprits au Burkina.

Demander aux citoyens de se reconcilier avec leurs bourreaux et cautionner leur amnistie équivaut à demander à une femme violée d'épouser son violeur.
Pourtant forcer quelqu'un à accepter l'intolérable ça ne marche pas dans la durée.

Le sieur Diendéré n'a pas obtenu l'amnistie de la part du peuple burkinabè, qu'il essaie de considérer comme superflu, malgré ses déclarations de surface. Les garanties reçues sous la table l'ont apparemment convaincu au point qu'elles le poussent à exprimer son arrogance en toute liberté.

Il oublie qu'au Burkina, ce n'est pas parce qu'on se tait qu'on consent.

La sagesse est aussi dans la patience.
La société civile burkinabè n'a assurément pas dit son dernier mot.



Post-scriptum: Selon Burkina24, Hollande et Compaoré se seraient rencontrés au Maroc le week-end du 20 septembre. Ils ne se sont certainement pas croisés par hasard......

22 septembre 2015

Burkina Faso: Médiation ou ultimatum?

Rebecca Tickle


Selon RFI ce matin, Macky Sall vient aujourdhui présenter à Abuja à la CEDEAO le résultat de sa médiation pour un compromis de sortie de crise obtenu pendant ses trois jours passé à Ouagadougou.


RFI maîtrise vraiment l'art de la torsion et de la désinformation en faveur de tout organe fonctionnant pour les intérêts de la France en Afrique. La réalité des faits sur le terrain n'est qu'un jeu de bilboquet pour un média qui ressemble davantage à une agence de propagande qu'à un média d'information.

Toutes les composantes de la CEDEAO ont été témoins de l'échec de ce qui devait être la médiation de Macky Sall. Les clauses du protocole d'accord a été produit sous la pression de la société civile et nettement en faveur d'une échappatoire royale pour les putschistes, garantissant le retour des amis de Compaoré aux affaires.

Macky Sall ne connaît manifestement pas la définition d'une médiation, puisqu'il s'agit ici d'un ultimatum de putschistes avec des angles arrondis pas CEDEAO et non d'un compromis. La pression de la rue a été un contexte incontournable, et le putschiste en chef Gilbert Diendéré a pensé qu'avec l'intimidation du chantage, il s'en sortirait.

"Je remettrai le pouvoir aux civils de la Transition quand le protocole d'accord sera signé" a-t-il dit, dans un climat de désapprobation générale.

C'était sous-estimer la maturité de la société civile et le courage d'un Kafando pourtant brutalement acculé. La réponse est venue en bloc, sans discordance, appuyée par la société civile africaine de toute part. La proposition de sortie de crise est inacceptable pour le peuple burkinabè. On ne badine pas avec le sang versé, et la clique d'assassins d'un pouvoir adoubé par la France ne fait plus peur.

Ce qui devait être la médiation de Macky Sall est devenu un acte de trahison de la CEDEAO et une déclaration de connivence pour l'impunité des caciques compaorisés en 2014 après 27 ans de pouvoir et de leur bras armé le RSP.

La pression de la société civile, balayant le compromis "proposé", est la principale raison du désistement des putschistes et donc de la désamorce de la crise actuelle. La reddition des éléments du RSP signe de facto la fin du putsch. Dès lors, la Transition doit pouvoir reprendre son cours là où il avait été interrompu.

Mais de toute évidence la CEDEAO, avec les casseroles qu'elle traîne derrière elle, veut nous forcer à avaler un compromis qui n'existe pas. Ne s'agit-il pas plutôt de nouvelles conditions que l'on veut introduire de force dans la Transition?

Le fait que le chef d'Etat de la Transition, Michel Kafando, n'est pas convié au sommet d'Abuja est déjà un soufflet incommensurable à l'encontre de la dignité de la nation burkinabè.

Le besoin de revoir des alliés de Compaoré au pouvoir à Ouagadougou est-il devenu lancinant pour l'ancien colon au point d'inventer des compromis, peut-être même un putsch pour déranger  l'ordre établi pour des élections sans compaorisés?

C'est la sortie d'Abuja qui va nous le dire. L'issue du sommet d'une CEDEAO partiale avec un Macky Sall qui n'a pas réussi à faire ce que ses supérieurs lui ont demandé, face à un leader burkinabè qu'on n'a pas sonné, mais avec dans la balance une société civile qui n'est plus d'accord qu'on lui marche sur les pieds.

En tout cas, courage braves gens!
Nous vous regardons et vous transmettons tout l'espoir et l'admiration du monde.

13 septembre 2015

13 septembre 1958, au Cameroun de la France

Rebecca Tickle


Le 13 septembre 1958 est assassiné Ruben Um Nyobè, instituteur, syndicaliste, tribun, homme politique et surtout résistant camerounais anti-colonialiste, par les troupes françaises du gouvernement du Général de Gaulle,  moins d'un an et trois mois avant la proclamation officielle de l'indépendance du Cameroun.

Um Nyobè, sacrifiant sa vie civile dans la fonction publique pour rejoindre le maquis en dernier recours, est exécuté 4 ans plus tard en pleine forêt de Boumnyèbel du pays bassa, après une traque sans merci.
©Rebecca Tickle

Comprenons bien la torsion tropicale de la définition du mot,  l'indépendance de façade qui entre en vigueur au Cameroun dès  le 1er janvier 1960, signée par la France coloniale avec la France néocoloniale, et qui ne pouvait en aucun cas s'appliquer sereinement avec l'existence d'un Um Nyobè omniprésent et déterminé.

Comprenons bien que l'assassinat du résistant Um Nyobè prouve noir sur blanc que le Cameroun n'a bel et bien jamais été indépendant jusqu'à ce jour. Les deux gouvernants du Cameroun post-colonial, Ahidjo et Biya, n'ont été que des gérants pour le compte du propriétaire France.

Comprenons bien, à travers l'assassinat d'Um Nyobè le 13 septembre 1958, que le Cameroun est illégalement occupé par la France depuis 55 ans et 9 mois, avec la complicité indispensable des gérants locaux.

Malgré l'obligation absolue de rappeler cette date au Cameroun et en Afrique chaque année, toute virulence de fabrication nouvelle à ce sujet aujourd'hui, dans l'ignorance manifeste des divers efforts socio-politiques au sein de la société civile camerounaise de ces dernières décennies quels qu'ils aient été, et dans une incohérence médiatique cacophonique, ne peut être prise qu'avec grande précaution.

L'absence de consensus authentique et sans arrière-pensées est le plus grand ennemi des esprits bien-pensant au Cameroun d'aujourd'hui. N'importe qui peut venir faire son beurre avec une stratégie construite sur la faiblesse de la mémoire nationaliste dans des esprits colonisés en éveil. L'absence de l'inculpation de cette mémoire est calculée méthodiquement pour maintenir le citoyen moyen dans la confusion le plus longtemps possible.

Le profito-situationnisme omniprésent étant le sport lucratif par excellence dans les sphères autoproclamées intellectuelles, comprenons que les premières victimes de la manigance, sont les assoiffés d'une dignité trop longtemps refoulée et dont l'intégrité n'est pas encore retrouvée. Pendant que la masse se bat avec la velléité naturelle d'une respectabilité élémentaire, d'autres se font beaucoup d'argent et d'honneurs mal acquis. Sans compter ceux qui cassent juste pour casser, cerise sur le gâteau de la diversion ambiante.

L'honneur ne s'arrache pas, il se mérite par les actes.

Ruben Um Nyobè a été assassiné le 13 septembre 1958 par le gouvernement français. La France des gouvernants de la sous-région de maintenant. Ne feignons pas de l'apprendre et de s'en offusquer aujourd'hui. Rappelons-nous en simplement, sans faire semblant que c'est arrivé seulement hier.

Et qu'en avons-nous fait, depuis 33 ans notamment? Qu'avons-nous fait, chacun individuellement, pour lutter contre la tyrannie néocoloniale au Cameroun (gérance y compris) jusqu'à ce jour?

« Les travailleurs africains n’ont jamais obtenu un Code de Travail et celui que le Gouvernement se propose de leur imposer porte en son article 2, le rétablissement intégral du travail forcé. » (Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950).

Quiconque vient nous dire que la lutte commence aujourd'hui est un menteur. Et le mensonge poursuit forcément un objectif.

La lutte néocoloniale est là depuis plus de 55 ans, avec en plus les deux décennies de lutte anti-coloniale en amont.

Comprenons que quand Paul Biya compare Boko Haram aux maquisards,  sous-entendu d'Um Nyobè bien sûr, et que les hommes-de-bien ne réagissent pas au Cameroun, cest que la mémoire nationale continue à être bafouée dans le silence - par un bon Camerounais en l'occurrence - 55 ans après l'immense moquerie de la signature du traité d'indépendance du Cameroun.

Ruben Um Nyobè a été assassiné le 13 septembre 1958 par la France d'Ahidjo et de Biya.

On va faire comment!

11 septembre 2015

Réfugiés: Droit à la vie à deux vitesses


Rebecca Tickle

Aujourd'hui le monde s'affole pour la Syrie qui se vide vers l'Europe. Plus de 276 000 personnes déjà. Mais a-t-on jamais compté combien d'Africains fuient leur pays depuis 50 ans, dans des circonstances de guerre, de destruction totale, de malgouvernance et d'abus massifs des droits humains? Ils sont pourtant des millions.

La migration sud-sud ne se ressent pas en Occident, mais elle est évidemment d'un poids monumental pour les sociétés d'accueil. Mais ce n'est que quand le mal arrive chez soi que la douleur se mesure.

L'autre jour j'entendais à la radio, dans un débat a propos des "bons" migrants versus
"mauvais" migrants. Un citoyen bien-pensant décrétait bien fort que les familles syriennes fuyant la guerre étaient admissibles en terme de politique d'asile. Mais que les réfugiés économiques, tels que les Erythréens par exemple, ne devaient pas être admissibles, puisque faux refugiés.

Pourtant, le rêve existentiel est universel et personne au monde ne quitte sa terre et ses parents de gaité de coeur. Surtout, l'Occident n'est jamais aussi rose qu'une vie décente dans son propre pays.

Mis à part que les Syriens sont plutôt blancs ou clairs de peau et que les Erythréens sont plutôt noirs, ce qui donne une dimension résolument négrophobe à la distinction entre "vrais" et "faux" réfugiés, dans la comparaison évoquée en tout cas, regardons au-delà de la simple conscience apparentiste des gens de bien.

Lisons déjà les informations à disposition sur les conditions de vie en Érythrée avant d'émettre des jugements raccourcis à la légère. Depuis plus 15 ans, une immense prison à ciel ouvert, une répression sanguinaire et une économie dans un délabrement avancé. Une des pires dictatures au monde.

Comme Hannah Arendt le disait si bien, "le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus."

Être superflu consiste à ne pas exister aux yeux du système, on est donc dans la négation de toute forme de droit humain. Il s'agit bel et bien d'une guerre ouverte déclarée contre toute une nation. Criminaliser la fuite massive de citoyens dans de telles conditions constitue une double négation de leurs droits et de leur existence.

En clair, l'Érythréen lamda est superflu et ne possède aucun droit élémentaire. Un régime criminel contre l'humanité règne sur le pays dans la terreur. Et pourtant, selon certains, les Eythréens sont des réfugiés économiques, qui par conséquent ils ne doivent pas pouvoir obtenir le statut légal de réfugiés politiques.

Mais où place-t-on donc la limite entre l'économie et la politique d'un pays, d'autant plus dans un régime totalitaire? Le commerce - international - avec un tel régime n'est-il pas particulièrement avantagé par la spécificité politique locale justement? Quelle limite entre un commerce licite et respectueux des droits de l'homme et des échanges basés sur le recel et l'impunité?

La liste des pays à régime dictatorial - totalitaire, notamment en Afrique, est non exhaustive. Les profits engrangés par les puissances économiques et leurs multinationales tentaculaires dans le commerce avec ces régimes le sont aussi.

Cet aspect mondialisant de la question, et inconfortable il faut bien le dire, devra invariablement figurer en priorité dans le débat sur la qualification des réfugiés, et dans la recherche de solutions migratoires. Seule une réflexion sur les causes profondes des déplacements massifs de populations, surtout dans une vision de gagnant-gagnant (eh oui!) pourra être efficace à long terme.

On ne pourra plus faire l'autruche dorénavant en pratiquant la criminalisation-écran de certains réfugiés, car ces soi-disant faux-fuyants qui ne sont ni plus ni moins les victimes une à une d'une guerre socio-politique et économique, à basse intensité au mieux, méthodique, dirigée contre un peuple désarmé. La caution internationale que ces régimes reçoivent, font qu'au nom du concept "village global", tout le monde est responsable.

Le débat est urgentissime. Non pas parce que l'Occident panique devant le flux de réfugiés depuis le début de l'année 2015 particulièrement, mais parce qu'il sagit de centaines de milliers de citoyens du monde dans une souffrance extrême, qui manqueront dans un avenir plus ou moins proche à l'appel de la reconstruction de leur pays en ruine, pour une bonne majorité.

Une véritable bombe atomique en gestation.