Le Parc des Virunga en danger de mort

Rebecca Tickle

Les graves exactions et la profonde irresponsabilité des multinationales pétrolières occidentales continuent au quotidien, à l'instar de la compagnie britannique Soco dans les montagnes des Virunga à l'Est de la RDC.

En effet, l'ONG Global Witness vient de publier le 10 juin 2015 la preuve de transactions financières entre des militaires des FARDC (Forces armées de la RDC) et la direction de la compagnie britannique, la seule ayant jusqu'ici effectué des explorations dans le parc, interdites par la loi congolaise.

Patrick Karabaranga avec ses amis gorilles orphelins, dans le Parc de la Virunga.






Le Parc national des Virunga, le plus ancien en RDC, consacré patrimoine mondial par l'UNESCO pour sa biodiversité unique, et foyer des derniers specimens de gorilles des montagnes - la plupart des 880 individus restant sur la planète -, est bien en danger de mort depuis que d'importantes réserves de pétrole y ont été découvertes.

La législation congolaise est pourtant très claire: Toute exploitation de pétrole dans le parc est interdite!

Le gouvernement congolais a malgré tout accordé dès 2009 des permis d'exploration à plusieurs compagnies dont Soco International (Grande-Bretagne), Total (France) et ENI (Italie) pour 85% de la superficie du parc.

La bataille entre les organisations de protection de l'environnement et les manigances des compagnies pétrolières fait rage.

Les histoires et les magouilles pour le contrôle et l'exploitation du parc des Virunga sont le le sujet d'un film à ne manquer sous aucun prétexte.

"Virunga", sorti en 2014, est l'histoire vraie d'une poignée de citoyens, qui risquent leur vie pour préserver la forêt luxuriante et magique des montagnes de la Virunga d'une mort certaine.

Ce qui arrive aujourd'hui dans les collines et les montagnes des Virunga, déjà malmenées par près de deux décennies d'une guerre particulièrement meurtrière, est d'autant plus alarmant que les précédents en la matière ne sont que désastres écologiques irrécupérables.

C'est le cas du delta du Niger où les compagnies pétrolières occidentales entretiennent jusqu'à ce jour la plus grande catastrophe environnementale et sanitaire sur la planète à travers l'exploitation incontrôlée de pétrole brut et de gaz.

Les milliards sans bénéfice pour les populations locales, la corruption omnipotente et les brutalités policières, militaires et para-militaires font que la région est devenue un véritable enfer sur terre pour ses habitants.


Pire encore, le torchage du gaz, interdit au Nigeria depuis 1984, est le meilleur exemple dans ce qui est devenu une zone de non-droit, de l'impunité totale régnant dans le delta du Niger. Cette technique où l'on brûle le gaz qui s'échappe dans l'atmosphère lors du forage de pétrole brut, provoque des pluies acides qui polluent irrémédiablement les terres cultivables, les nappes d'eau potable et les réserves piscicoles, sans oublier l'écosystème si précieux des marais de mangroves.

Malgré son interdiction, les multinationales pétrolières continuent à pratiquer le torchage du gaz impunément, ce qui leur confère des économies conséquentes dans la manutention du pétrole.

En termes de collusion avec un gouvernement corrompu, complice d'exactions et de violations des droits de l'homme, l'exemple de Sani Abacha est plus que patent. Le général Abacha, à la tête d'une brutale dictature militaire au Nigeria de 1993 à 1998, ayant interdit toute activité politique non gouvernementale, avait fait exécuter en 1995 par pendaison l'écrivain et activiste Ken Saro-Wiwa, défenseur des droits de sa tribu Ogoni avec huit de ses compagnons de lutte, grâce notamment aux faux témoignages financés par Royal Dutch Shell à l'occasion d'un procès monté de toute pièce.


L'exploitation du pétrole dans le delta du Niger dure depuis 1956, et l'environnement vital des communautés locales menacé de destruction 
depuis des décennies. Les expropriations non-indemnisées et la confiscation des moyens naturels de subsistance ont condamné de nombreux villageois au déplacement forcé. Les spoliations massives du delta du Niger continuent d'ailleurs jusqu'à ce jour, elles sont suivies de près et sont systématiquement dénoncées par les organisations de la société civile qui répertorient minutieusement chaque déversement sauvage de pétrole brut. Ce ne sont pas moins de l'équivalent de 300 marées noires par année qui sont constatées.

La région est considérée comme un véritable terrain de jeu pour BP, ExxonMobil, Chevron, ENI, Total et Shell pour les plus grandes compagnies. Malgré les dénonciations, relayées par les ONG internationales de défense environnementale, les moyens de recours des communautés restent très faibles. Des procédures judiciaires sont bien en cours, mais les effets sur le terrain restent négligeables.


Dans la même trajectoire, il faut également mentionner la lutte au sud du Tchad des organisations de la sociétés civiles tchadiennes depuis 2003, dans les méandres de la corruption et les violations des droits de l'homme et environnementaux.

En effet le consortium d'exploitation américano-malaisien (ExxonMobil, Chevron, Petronas), l'entreprise chinoise CNPCIC (China National Petroleum Corporation-International Chad) ainsi que Glencore (Suisse) sont suivis à la loupe dans leurs agissements corporativement irresponsables, avec la preuve notamment de déversements sauvage d'hydrocarbures et malversations financières.


Le parc national de Virunga est bel et bien en danger de mort.

A part les activités pétrolifères, le braconnage et l'exploitation forestière illégale font que ce fleuron mondial de la conservation de la nature est aussi l'un des endroits les plus dangereux pour ses protecteurs.

Le droit des populations locales, déjà précarisées par une malgouvernance omniprésente, les risques d'atteintes à l'environnement par les déversements sauvages d'hydrocarbures, le détournement de fonds publics et le blanchiment d'argent, impliquant les gouvernements locaux, centraux et les dirigeants sans aucun scrupules des multinationales pétrolières, sont ce à quoi font face les organisations de la société civile et autres défenseurs de l'environnement dans lequel ils vivent eux-même le plus souvent.

Les menaces grandissantes dont font l'objet les défenseurs locaux et les témoins conscients d'exactions doivent par conséquent être relayées sur la place publique en plein soleil à la moindre occasion, puisque ce sont l'obscurité et le huis clos que les Mécréants aiment le plus pour commettre leurs forfaits.

En tant que témoins, nous sommes aussi tous responsables! 

Comme le disait Antoine de Saint-Exupéry, nous n'héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l'empruntons à nos enfants.

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