Longue vie à la mémoire de Félix Moumié


3 novembre 2011
Rebecca Tickle

Texte initial publié le 3 novembre 2010




Voici cinquante et un ans jour pour jour que Félix Moumié, patriote camerounais et africain par excellence, est mort sous les coups d’une association de malfaiteurs démesurément avide de pouvoir et de richesses. Une société coloniale sûre de sa supériorité, à travers l’exercice systématique de la conjugaison du mensonge et de la violence. 

Moumié était un homme qui aimait profondément son prochain et sa patrie, et qui souffrait de voir ses compatriotes plier chaque jour davantage sous un joug lourd et malfaisant. Mais il avait reçu un don du ciel : un courage civil hors du commun, qu’il a mis purement et simplement au service de ses convictions profondes en faveur de l’émancipation de son pays et de son continent. 

Félix Moumié a existé au bon moment et au bon endroit. Sa vie a été courte, mais extrêmement riche et concentrée. Il n’a pas été un saint, mais un homme tout simplement, qui a finalement donné sa vie pour une cause qui ne pouvait en aucun cas mourir avec lui. Ses choix politiques étaient faits pour résister aux conditions du moment, soit les abus massifs de pouvoir et d’autorité, les intimidations meurtrières, la castration de la liberté d’expression, de pensée, d’exister tout simplement. Les conditions du moment c’était aussi la continuation d’un système néo-esclavagiste, où la vie humaine n’avait aucune espèce de valeur et d’importance devant les intérêts irrépressibles de l’occupant qui disait qu’il s’en allait, alors qu’il n’avait aucune espèce d’intention de sans s’en aller. Des conditions où le développement des uns et des autres était devenu un concept à réprimer et à éliminer, et qui prônait l’élimination systématique de tout ce qui pouvait entraver la poigne d’acier de l’occupant sur le Cameroun et l’Afrique sub-saharienne francophone. 

Voilà donc ce qu’était jusqu’à ce fatidique 3 novembre 1960 le quotidien de Félix Moumié, ainsi que des peuples camerounais et africains. 

Cinquante et un après, où en sommes nous ? 

Les colons qui disaient qu’ils partaient ne sont finalement jamais partis, et ont continué à assassiner et à éliminer tous ceux qui leur résistaient. Ils sont simplement partis sous terre, en laissant à la surface leurs sbires téléguidés faisant le ménage et les sales besogne pour eux, bénéficiant des faveurs généreuses et bienveillantes à travers une politique du ventre semée et cultivée à bon escient. Cette corruption continue aujourd’hui à pousser à la façon des jetons de bananiers, arrosée de dividendes en tout genre, à la grande joie des détracteurs des peuples africains. 

En cinquante ans, on peut dire que les conditions n’ont pas changé. Les abus en tout genre ont même envahi tous les camps comme des mauvaises herbes dont on ne contrôle plus l’envahissement. Les partis politiques et les groupuscules de tous bords poussent comme des champignons de tous les côtés. Les sous-terriens sont toujours là, et les sbires à la surface sont plus virulents que jamais. Surtout les méthodes prévalentes ont envahi les esprits, et les abus en tout genre et castrations des libertés fondamentales ont atteint les couches profondes de la société. 

Chacun veut diriger et s’imposer. Les us et coutumes des occupants et de leurs sbires sont ancrés dans les matières grises, et se sont transformé en un fonctionnement efficacement automatisé. Chacun pense qu’il a la science infuse et qu’il détient la Vérité. L’arrogance, l’affairisme et les manigances sont devenus les piliers de la division que cultivent les sous-terriens depuis 50 ans. Chacun pense qu’il a lui seul les capacités de lutter efficacement contre le Mâlin.


Félix Moumié s’est déjà retourné dans sa tombe plusieurs fois. 


Les temps sont très durs. Les Africains se réveillent oui, mais les conditions de l’époque de Moumié se sont aussi multipliées et compliquées dans leur pouvoir de nuisance et de destruction structurelle de la société africaine. 

Une vigilance soutenue est primordiale plus que jamais. Car les abus d’autorité, les intimidations, l’arrogance et les manigances sont omnipotentes, et les recherches effrénées de miettes de pouvoir, de gloire tapageuse et vide de substance, détournent les regards des vrais défis et mettent en danger l’essence même de la société africaine déjà terriblement fragilisée. 

Le gros problème de l’Afrique est que les Africains ne s’aiment pas. Et il y a donc grand danger qu’ils oublient finalement ce que les martyrs comme les Moumié et les autres ont subi pour une cause qui ne doit jamais mourir. Ceux qui sont là aujourd’hui ont un devoir de mémoire qu’ils doivent transmettre à la prospérité coûte que coûte. 

Le 3 novembre 2010 (par extension à chaque anniversaire) est une date qui doit nous rappeler qu’après cinquante ans les ennemis du Cameroun et de l’Afrique sont là plus que jamais. Nous devons déployer nos forces davantage pour lutter contre les abus de pouvoir, les détournements massifs de fonds publics, les intimidations meurtrières de journalistes, les massacres de populations protestataires, les assassinats politiques, les recherches éperdues d’une place à la mangeoire, les fraudes électorales massives pour imposer des sbires dont le peuple ne veut pas, et la survivance des colons sous-terriens qui ne veulent pas qu’on dise leur nom. 

Enfin, que vivent les idéaux de Félix Moumié pour un Cameroun et un continent africain émancipés, où les peuples seront enfin maîtres de leur potentiel et de leur destin.

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