04 novembre 2011

Longue vie à la mémoire de Félix Moumié


3 novembre 2011
Rebecca Tickle

Texte initial publié le 3 novembre 2010




Voici cinquante et un ans jour pour jour que Félix Moumié, patriote camerounais et africain par excellence, est mort sous les coups d’une association de malfaiteurs démesurément avide de pouvoir et de richesses. Une société coloniale sûre de sa supériorité, à travers l’exercice systématique de la conjugaison du mensonge et de la violence. 

Moumié était un homme qui aimait profondément son prochain et sa patrie, et qui souffrait de voir ses compatriotes plier chaque jour davantage sous un joug lourd et malfaisant. Mais il avait reçu un don du ciel : un courage civil hors du commun, qu’il a mis purement et simplement au service de ses convictions profondes en faveur de l’émancipation de son pays et de son continent. 

Félix Moumié a existé au bon moment et au bon endroit. Sa vie a été courte, mais extrêmement riche et concentrée. Il n’a pas été un saint, mais un homme tout simplement, qui a finalement donné sa vie pour une cause qui ne pouvait en aucun cas mourir avec lui. Ses choix politiques étaient faits pour résister aux conditions du moment, soit les abus massifs de pouvoir et d’autorité, les intimidations meurtrières, la castration de la liberté d’expression, de pensée, d’exister tout simplement. Les conditions du moment c’était aussi la continuation d’un système néo-esclavagiste, où la vie humaine n’avait aucune espèce de valeur et d’importance devant les intérêts irrépressibles de l’occupant qui disait qu’il s’en allait, alors qu’il n’avait aucune espèce d’intention de sans s’en aller. Des conditions où le développement des uns et des autres était devenu un concept à réprimer et à éliminer, et qui prônait l’élimination systématique de tout ce qui pouvait entraver la poigne d’acier de l’occupant sur le Cameroun et l’Afrique sub-saharienne francophone. 

Voilà donc ce qu’était jusqu’à ce fatidique 3 novembre 1960 le quotidien de Félix Moumié, ainsi que des peuples camerounais et africains. 

Cinquante et un après, où en sommes nous ? 

Les colons qui disaient qu’ils partaient ne sont finalement jamais partis, et ont continué à assassiner et à éliminer tous ceux qui leur résistaient. Ils sont simplement partis sous terre, en laissant à la surface leurs sbires téléguidés faisant le ménage et les sales besogne pour eux, bénéficiant des faveurs généreuses et bienveillantes à travers une politique du ventre semée et cultivée à bon escient. Cette corruption continue aujourd’hui à pousser à la façon des jetons de bananiers, arrosée de dividendes en tout genre, à la grande joie des détracteurs des peuples africains. 

En cinquante ans, on peut dire que les conditions n’ont pas changé. Les abus en tout genre ont même envahi tous les camps comme des mauvaises herbes dont on ne contrôle plus l’envahissement. Les partis politiques et les groupuscules de tous bords poussent comme des champignons de tous les côtés. Les sous-terriens sont toujours là, et les sbires à la surface sont plus virulents que jamais. Surtout les méthodes prévalentes ont envahi les esprits, et les abus en tout genre et castrations des libertés fondamentales ont atteint les couches profondes de la société. 

Chacun veut diriger et s’imposer. Les us et coutumes des occupants et de leurs sbires sont ancrés dans les matières grises, et se sont transformé en un fonctionnement efficacement automatisé. Chacun pense qu’il a la science infuse et qu’il détient la Vérité. L’arrogance, l’affairisme et les manigances sont devenus les piliers de la division que cultivent les sous-terriens depuis 50 ans. Chacun pense qu’il a lui seul les capacités de lutter efficacement contre le Mâlin.


Félix Moumié s’est déjà retourné dans sa tombe plusieurs fois. 


Les temps sont très durs. Les Africains se réveillent oui, mais les conditions de l’époque de Moumié se sont aussi multipliées et compliquées dans leur pouvoir de nuisance et de destruction structurelle de la société africaine. 

Une vigilance soutenue est primordiale plus que jamais. Car les abus d’autorité, les intimidations, l’arrogance et les manigances sont omnipotentes, et les recherches effrénées de miettes de pouvoir, de gloire tapageuse et vide de substance, détournent les regards des vrais défis et mettent en danger l’essence même de la société africaine déjà terriblement fragilisée. 

Le gros problème de l’Afrique est que les Africains ne s’aiment pas. Et il y a donc grand danger qu’ils oublient finalement ce que les martyrs comme les Moumié et les autres ont subi pour une cause qui ne doit jamais mourir. Ceux qui sont là aujourd’hui ont un devoir de mémoire qu’ils doivent transmettre à la prospérité coûte que coûte. 

Le 3 novembre 2010 (par extension à chaque anniversaire) est une date qui doit nous rappeler qu’après cinquante ans les ennemis du Cameroun et de l’Afrique sont là plus que jamais. Nous devons déployer nos forces davantage pour lutter contre les abus de pouvoir, les détournements massifs de fonds publics, les intimidations meurtrières de journalistes, les massacres de populations protestataires, les assassinats politiques, les recherches éperdues d’une place à la mangeoire, les fraudes électorales massives pour imposer des sbires dont le peuple ne veut pas, et la survivance des colons sous-terriens qui ne veulent pas qu’on dise leur nom. 

Enfin, que vivent les idéaux de Félix Moumié pour un Cameroun et un continent africain émancipés, où les peuples seront enfin maîtres de leur potentiel et de leur destin.

20 août 2011

L'Afrique plus que jamais au coeur des enjeux stratégiques


Rebecca Tickle




Le cinquantenaire de ce que l'on a appelé les «indépendances » africaines est à peine passé, peu glorieusement commémoré il faut l’avouer, et voilà que, comme pour le narguer, le second cinquantenaire de ces mêmes « indépendances » commence par une année chargée de dix-sept élections présidentielles sur le continent africain.

Des élections présidentielles, qui dans l’absolu devrait permettre à ces peuples de choisir librement leurs nouveaux dirigeants, mais qui en réalité ne font qu’asseoir le pouvoir d’une classe dirigeante autocrate et corrompue, dont la principale fonction est de garantir les intérêts économiques des grandes puissances occidentales, en échange d’une impunité totale en matière de gouvernance profondément indécente, au mépris complet des droits humains les plus essentiels.

Ce premier cinquantenaire, ponctué de malversations économiques et politiques à large échelle de la part de ceux qui se considèrent sur le papier comme les « nouveaux partenaires » économiques, est le symbole de l’emprise occidentale sur des enjeux économiques d’une importance vitale pour des pays qui, comme disait la chanson, ont les idées, mais pas le pétrole.

A cet égard, nous ne pouvons oublier les assassinats politiques de personnalités, qui ouvertement et par des actions concrètes, ont cherché à rendre effectives ces indépendances qui ne l’ont finalement été que de nom, à l’instar d’Um Nyobè, Sylvanus Olympio, Félix Moumié, Patrice Lumumba, Barthélémy Boganda, Thomas Sankara, Amilcar Cabral, pour ne citer que ceux-là. Nous avons ainsi vu naître et grandir à travers la bénédiction des puissances occidentales pauvres en matières premières, une classe de malfaiteurs politiques de très haute voltige, tels qu’Ahmadou Ahidjo suivi de Paul Biya, Gnassingbé Eyadéma suivi de son fils Faure, Sésé Seko Mobutu dont la relève est assurée par Joseph Kabila, sans oublier les garants d’aujourd’hui que sont les Idriss Déby, François Bozizé, Sassou Nguesso, Ali Bongo, Teodoro Obiang, et consort, régnant d’une main d’acier sur des pays où se côtoient de la manière la plus provocante qui soit, luxe clinquant, dictature sanglante et dénuement total.

D’autres, de manière plus sournoise assurent, les biens occidentaux, et agissent en receleurs disposant de la chose publique pour le bienfait de leurs poches et de celles de multinationales et d’entreprises bénéficiant de contrats très juteux et complètement déséquilibrés surtout eu égard de la vraie valeur de la marchandise, et ce, particulièrement au détriment des populations locales. Nous nous devons ici d’avoir une pensée pour les peuples du delta du Niger au Nigéria, et des Touaregs du désert nigérien, qui au nom du pétrole pour les uns, et de l’uranium pour les autres, mènent une existence de misère totale, face à des gouvernements aveuglés par une manne qui ne leur appartient pas, et une aide humanitaire dont ils voient plutôt les intérêts à rembourser que le capital de départ.

Nous nous devons ici également d’avoir une profonde pensée pour les plus de 6 millions de victimes à l’est du Congo, sacrifiés au nom d’un sous-sol scandaleusement riche, dont les grandes puissances se disputent les immenses intérêts par pions-dictateurs et milices interposées, tous aussi sanguinaires les uns que les autres.

Les enjeux du premier cinquantenaire ont donc été clairement circonscrits autour des pays issus du partage des grandes puissances occidentales à la Conférence de Berlin en 1885. Ensuite la Conférence de Yalta en 1945, dessinant les conditions de la Guerre Froide jusqu’en 1992, accentua la déstabilisation du continent africain par des guerres d’influence imposées par les deux blocs.

Aujourd’hui, en plus de ces acteurs existant, dans le cadre d’une mondialisation effrénée et d’une polarisation qui se cherche encore, nous assistons à l’émergence et à l’assise renforcée de nouvelles puissances économiques mondiales, telles que l’Inde et la Chine notamment. Cette dernière, bien que présente depuis un bon cinquantenaire, réussit à imposer une compétition très menaçante aux puissances occidentales, les forçant à repenser leur échiquier stratégique en fonction des enjeux qui ne font que se diversifier.

C’est ainsi que dans cette course, nous assistons notamment à une Françafrique d’apparence en perte de vitesse, mais qui en fait cherche à sécuriser sa place entre des Etats-Unis devenant de plus en plus offensifs malgré leur relation politico-historique, et une Chine plus gourmande que jamais. Certains observateurs relèvent aussi l’émergence de nouveaux défis stratégiques, dont parle notamment Pierre Péan dans son dernier ouvrage sur les guerres secrètes en Afrique (« Carnages », aux éditions Fayard, 2010), qui démontre une diversification très compétitive des acteurs économiques ainsi que des axes stratégiques sur le continent africain, notamment en passant par le Soudan et la région des Grands-Lacs, et ceci tout spécialement depuis la chute du mur de Berlin.

L’avenir de l’Afrique aujourd’hui semble donc se jouer à travers une guerre exponentielle des contrats et des concessions sur l’exploitation des ressources naturelles omniprésentes sur le continent, entre des acteurs économiques de plus en plus nombreux et puissants. Les derniers événements en Côte d’Ivoire et en Libye, mettent à nu l’extrême nervosité des Occidentaux quant à l’accès aux matières premières, supprimant les considérations d’ordre éthique ou humanitaire, ainsi que la complexité des rapports de pouvoir autour de l’exploitation de ces ressources.

Comme on dit, quand les éléphants se battent, ce sont les herbes qui souffrent. C’est ainsi que des millions d’Africains se retrouvent entre les différentes lignes de front, se sachant pas encore comment s’organiser pour se cramponner à des miettes de bénéfices sur les ressources naturelles, qui dans l’absolu leur appartiennent, et qui sont si universellement convoitées. C’est ainsi que les révoltes populaires récentes en Afrique du nord, ainsi que le grondement très sourd, bien qu’encore peu efficace, en Afrique sub-saharienne, ajoute une pression socio-économique sur la course aux enjeux stratégiques. Et c’est ainsi également, que depuis l’immolation par le feu du jeune Bouazizi en Tunisie, un acteur supplémentaire que l’on pensait définitivement enfoncé dans sa soumission de colonisé, a refait surface, de façon plus ou moins structurée.

Si les révoltes en Afrique du nord sont rapidement devenues une force que l’on ne pouvait plus désormais ignorer, il n’est pas encore tout à fait de même avec les peuples subsahariens qui souffrent de façon chronique et exponentielle de fléaux tels que pauvreté extrême et manque d’instruction généralisé, ainsi que d’une corruption doublée d’une impunité profondément ancrée dans la société du sommet à la racine. Face à des dictatures extrêmement répressives, bénéficiant de l’appui et de la validation implicite des puissances occidentales en termes de fraudes électorales systématiques et très bien développées, de violations des droits humains extrêmement grossières au nez et à la barbe d’une communauté internationale qui consentante, au nom des enjeux stratégiques de plus en plus vitaux pour les sociétés occidentales qui en dépendent.

Comme lors de la course mondiale aux armements pendant la Guerre Froide, pour la détention de l’enjeu suprême - l’arme atomique -, où de nombreux observateurs inquiets se demandaient jusqu’où irait l’escalade, on est en droit de se demander à quelle implosion monumentale nous allons assister dans cette véritable poudrière que représente l’Afrique aujourd’hui, entre des populations de plus en plus conscientes et des enjeux politico-stratégiques de plus en plus pointus.

11 juillet 2011

Voyage à Bangui

Papier dépoussiéré mais plus que jamais d'actualité!

9 mars 2007
Rebecca Tickle




Voici quelques impressions de mon voyage à Bangui effectué en février 2007, au départ de Douala, à bord d’un pick-up privé à l’aller, et par transport public au retour cinq jours plus tard. Ce voyage m’a notamment permis de sceller mon destin avec mon second pays d’adoption, après le Cameroun. Beaucoup d’autres anecdotes et impressions me sont revenues plus tard, qui feront certainement l’objet d’autres scribouillages. 


Depuis mon retour de Bangui il y a deux semaines, j'essaie de suivre les nouvelles de Centrafrique. Je ne peux que constater que les nouvelles officielles sont souvent en parfait décalage avec la réalité du terrain! Quant à la reconnaissance de la RCA en tant que nation, elle est inexistante sur l'échiquier international.

Je me rappellerai toute ma vie de mon voyage de Douala à Bangui par Garoua-Boulaï, avec un co-voyageur de fortune. C'était épique, autant pour lui que pour moi. J'ai découvert une nouvelle réalité africaine, après avoir plus ou moins "domestiqué" le Cameroun en une dizaine de visites! Et je suis ravie qu’il ait pu voir une autre facette de son pays, qu'il n'aurait pas pu voir autrement. En effet, quand on arrive à Bangui par avion, on ne s’aperçoit de pas grand chose. Il faut vraiment toucher la terre rouge pour y croire.

Quartier de Bangui
Les gens de Bangui vivent dans un vrai cocon, avec leurs préoccupations de citadins, les arriérés de salaires, les délestages, et les coupures d'eau pour ceux qui ont accès à l'eau courante. Ils entendent vaguement parler de ce qui se passe au nord.... mais pas dans les détails. L’ambiance pourtant à Bangui est tendue, et les gens vivent la peur au ventre à entendre les mauvaises nouvelles perpétuelles, de leur famille au village. Les délestages omniprésents n’aident en rien à la détente. La vie banguissoise vit seulement au rythme des coupures de courant et des places mortuaires.

Je me sens privilégiée d'avoir vu ce que j'ai vu en route. Car les seuls blancs qui passent par là, roulent généralement en convoi à toute vitesse, avec des drapeaux blancs flottant sur le véhicule, et des insignes d’organisations internationales à gogo... Ils passent les barrières de contrôle sans même être arrêté ou questionné. A Bangui, les européens circulent avec une aura de supériorité au-dessus de la tête. Les policiers français que j'ai vus dans la cour de la brigade anti-banditisme, saluent leurs homologues centrafricains avec l'assurance du colon. N’osez même pas imaginer le nombre de prisonniers dans les cases de 3m sur 3 visibles depuis la rue. Les droits de l'homme sont inexistants, et le système judiciaire pourri jusqu'à la moelle par la corruption.

A Beloko, première localité après la frontière camerounaise, nous avons vu un garçon de 11 ans se faire violemment gifler, ensuite se faire jeter dans la cellule du poste-frontière. On nous a d’abord dit que ce n’était qu’un petit voleur. En fait il avait été attrapé par son père, maire de la ville, alors qu’il cherchait de quoi manger en travaillant comme domestique du côté Cameroun. Mon insistance à voir le garçon pour lui parler, lui a valu un coup de castagne sur la tête par la femme policière présente au poste, au moment où on l'extirpait de l'obscurité de la cellule – 35 ans de service derrière elle, nous a-t-elle dit fièrement !. C'est un garçon terrorisé, le coeur battant à mille à l'heure, voulant s'agenouiller devant la policière, que j'ai tenté de calmer un tout petit peu. Il a eu un répit de 5 minutes à peine avant d'être brutalement repoussé en cellule. Les droits de l'enfant! Laissez-moi rire. Ce sont eux les futurs enfants-soldat. Enfants bourreau et enfants victime. 

La plupart des recrues militaires, très jeunes, armées jusqu’aux dents, qui harcèlent les gens aux barrières en route pour de l’argent, sortent du village, ont une instruction très limitée, et ne savent même pas qu’ils ne sont que des instruments. Demain ils seront les premières victimes des règlements de compte en cas de nouveau coup d’Etat ! 

Lors d’un de ces contrôles à une barrière, par des abuseurs d'autorité si nombreux sur le couloir Douala-Bangui, un gendarme belliqueux mâchant un chewing-gum, tenant mon passeport entre les mains pour justifier la « formalité », me demande « Madame, vous êtes de quelle nationalité? ». A son collègue en civil de rajouter « nous ici, nous savons ce que la France nous a fait...». Et pourtant leur chef suprême est soutenu par la France.

Entre Garoua-Boulaï et Bangui, soit environ 800 kilomètres, ce ne sont pas moins d’une trentaine de barrages de contrôle qui pressent et intimident abusément, gâchette au bout de l'index, les voyageurs avec les « formalités » à payer. Comme on dit que les militaires ont la gâchette facile, on paie sans discuter.


Bossembélé: Cinq peuhls abattus par des militaires

L'on ne cessera jamais de parler des cas de violation flagrante des droits de l'homme dans le pays. Cette situation qui est devenue un phénomène quotidien doit leur responsabilité aux porteurs de tenue qui se comportent toujours comme des véritables gangsters, et qui n'ont certainement pas leur place dans une société dite démocratique qui aspire à la paix. 

A chaque instant, des cas de viol, d'assassinats sont relevés ça et là. La liberté d'aller et venir n'a plus son sens voire sa raison d'être dans le pays. Tout le monde se promène la peur au ventre et se met toujours à l'esprit que d'un moment à l'autre il peut être agressé, violé, torturé... Les droits de l'homme sont toujours foulés au pied comme si la vie ne se résume qu'à quelques individus qui doivent jouir pleinement de cela. Le monde évolue et nul n'a le droit de priver son prochain de sa liberté. Le retour à l'ordre constitutionnel est une étape décisive pour permettre aux investisseurs étrangers de revenir s'installer dans le pays et injecter de l'argent pour la relance de l'économie centrafricaine. 

Il apparaît clairement que les ex-libérateurs font toujours piètre figure et sont vomis par la population qui en a marre de leurs comportements odieux. Des dénonciations sont fréquemment faites par les organisations internationales des droits de l'homme pour interpeller l'opinion nationale et internationale sur les actes inhumains posés par les compatriotes porteurs de tenue sur les paisibles populations. L'impunité aidant, ces genres de comportement qui ne sont pas condamnés avec la dernière rigueur, motivent davantage leurs auteurs à récidiver.

Devant cette situation qui met à mal tout le système de fonctionnement de la société et de l'administration publique et privée, il convient de dire que le pays va vers une dérive totalitaire et sanguinaire comme sous le règne de l'ex-empereur Bokassa 1er. La passivité du Chef de l'Etat François Bozizé et son manque de courage à punir les auteurs de ces crimes les poussent à toujours poser ces actes ignobles qui dépassent l'entendement de tous.

A titre d'illustration, une mission militaire qui était venue de Bossangoa, a pris à partie certains Peuhls de la localité de Badéngué, dans la sous-préfecture de Bossémbélé. Il s'agissait des Peuhls qui ont fui les coupeurs de route, communément appelés Zaraguina pour se réfugier dans la brousse. 
Les militaires qui revenaient de Bossangoa ne sont pas passés par quatre chemins pour qualifier ces Peuhls de Coupeurs de route. Ils ont été rudoyés et ont subi des menaces graves. Malgré l'intervention du chef de groupe et des chefs de village qui ont plaidé leurs causes devant les autorités militaires, que ces Peuhls ne sont pas des bandits de grands chemins, ces derniers ont balayé de la plaque de la main tout ce que ces autorités locales leurs ont dit, tuant ainsi cinq de ces peuhls et faisant deux blessés graves dont l'un, répondant au nom de Hamadou Ngordji se trouve actuellement à l'Hôpital de l'Amitié pour des soins intensifs.

La RCA appartient à tous les centrafricains et il n'est nullement question de dire outre mesure que c'est une jungle où la loi du plus fort doit l'emporter.

2 février 2006
Le Confident





Près de Baoro
L’électricité entre Bouar (chef-lieu de Préfecture) et Bangui est pratiquement inexistante. A Bouar même, l'électricité est accessible entre 18h et 22h. J'ai d'abord cru à un délestage, mais j'ai vite compris qu'il s'agissait plutôt d'un couvre-feu. Un chef-lieu comme Bouar, ville morte après 22h, c'est incroyable. Dans les larges rues désertes du centre-ville, seuls quelques enfants vendent des grillades ou des bâtons de manioc en bordure de route. Les plus riches profitent de la lueur d'une lampe à pétrole. 


A Baboua, nous nous sommes assis quelques instants dans un petit maquis pour casser la croûte après la nuit tombée. La lueur de la bougie ne nous permettait ni de voir qui était là, ni ce qu'on allait manger. Deux jeunes étaient assis à côté de nous dans la pénombre. La sympathie et la curiosité de voir des étrangers dépassant la pudeur, les langues se sont déliées. La jeunesse en a marre oui, mais elle est surtout complètement impuissante, le plus souvent illettrée, sans radio, ni musique, ni téléphone, ni télévision évidemment. On a facilement le sentiment que le pays est délibérément gardé dans l'obscurité. Un peuple ne peut pas se révolter ni même s'exprimer quand il ne bénéficie d'aucun moyen de communication.


Baoro, le carrefour
La Communauté Européenne est en train de vouloir financer la réfection de la route entre Garoua-Mboulai et Bouar, et d’énormes sommes d’argent sont déversées dans divers projets visant à l’amélioration des conditions de vie de la population, rurale au 2/3. Pourtant tout le monde sait que la corruption règne non seulement dans les hautes sphères du régime en place, mais également chez certains acteurs qui se disent de vocation humanitaire. Le népotisme et le copinage font la loi, au détriment incontestable du peuple centrafricain. Le problème est donc purement politique et stratégique. Moins les routes sont bonnes moins l'opposition au régime peut s'organiser. Et puis, les préoccupations du pouvoir de Bangui sont ailleurs, et certainement pas au niveau du développement du pays.

Le couloir Douala-Bangui, entre Beloko et Bouar.
Les rapports transfrontaliers entre le Cameroun et la Centrafrique sont catastrophiques. Dans les 200 kilomètres de chaque côté de la frontière, c'est une atmosphère de haine institutionnelle et de bellicosité qui est activement cultivée par les organes de contrôle à l'égard des uns et des autres! Les amitiés et/ou complicités transfrontalières sont très difficiles, ou se font dans la discrétion la plus totale. Et pourtant les populations sont les mêmes. Elles auraient tout intérêt à s'organiser commercialement et socialement.


Les villageois, et je ne parle pas de ceux des régions en crise, sont maintenu dans l'ignorance. Quand je voyais des maisons brûlées de temps en temps, je me disais qu'il y avait dû y avoir un accident.... Mais constatant qu'il y en avait beaucoup, mon co-voyageur m'a rappelé les tendances pyromanes des sanctions du régime à l’égard des "mécontents". 

Le pouvoir se moque éperdument des mouvements d'opposition quels qu'ils soient. Il vit dans l'impunité totale, à l'ombre du Gaulois et de ses amis. Il n'a ni conscience ni état d'âme. Le peuple centrafricain vit dans la terreur et l'obscurité. Et personne ne l’entend pleurer.

Enfin, presque personne ! 



Nous avons croisé Joseph Bendounga. Un personnage mythique à vrai dire, sympathique et attachant, qui profite de sa notoriété pour passer beaucoup de son temps à mettre les bâtons dans les roues du pouvoir. Malgré les bastonnades, les tortures en prison, le mépris, la confiscation de ses tentatives de médiatisation radiophonique, il est n'abandonne pas. Il refuse depuis des années de céder au découragement et aux tentatives de corruption, dit-il. Malgré un passé politique mitigé, comme celui de beaucoup, il a pourtant vu plusieurs de ses compagnons d’arme se faire acheter et changer de camp. 

Son activisme téméraire irrite les dirigeants. Ayant échappé dernièrement à deux tentatives d'élimination physique, il risque le titre de martyr à tout moment. Relativement solitaire dans sa lutte contre l’injustice, le vide qu’il laisserait derrière lui serait ressenti douloureusement par beaucoup de Centrafricains. J’ai trouvé un homme très proche des gens, jouissant d’une grande popularité autour de lui, et très fier de ses origines paysannes.


Joseph Bendounga
En tant qu’opposant, Monsieur Bendounga bénéficie d’un argument de taille: il connait le terrain comme sa poche. Il passe des jours et des semaines à sillonner dans son pick-up le pays avec son verbe et son appareil photo. Il est, dans un premier temps, un des points de repère pour une opposition pacifique au régime actuel. « Ce sont des hommes d’action qu’il faut, pour prendre enfin le relais des innombrables théoriciens qui peuplent le pays et la diaspora » estime-t-il. Nous le voyons ailleurs aussi, chez les voisins, que l’opposition à une dictature manque souvent de cohésion devant l’objectif visé, soit par soif de pouvoir et d’autoglorification, soit par manque d’organisation. La perte de crédibilité, et donc l’impuissance de ladite opposition face à l’efficacité tranchante d’un régime totalitaire à la solde d’un tiers, devient pour lui un véritable régal ! 

Mes contacts avec Joseph Bendounga sont restés réguliers, mais ses moyens d’action s’amaigrissent, en face d’un pouvoir chaque jour plus nerveux, et plus sûr de sont impunité. 

Les experts de tous bords s’accordent à le dire : le pouvoir est constitué d'un ramassis de tueurs sans foi ni loi. Les preuves ne se cachent même pas ! Dans les zones en crise de la moitié nord du pays, ce sont les forces gouvernementales qui terrorisent et qui brûlent des villages entiers, avec ou sans l'existence de groupuscules rebelles qui eux aussi commettent leur part d’exactions sur les villageois terrorisés et impuissants. Ce sont leur « Président » que les villageois fuient dans la brousse la plupart du temps. Les témoignages et les rapports issus du terrain sont clairs.

Le régime de Bangui n’agit pas seul. La rébellion est écrasée systématiquement par les forces françaises, suspectées d’utiliser des armes non-conventionnelles à titre d’expérimentation. A cet égard, Joseph Bendounga m’a montré des images saisissantes. La rébellion d’ailleurs a bon dos, puisqu’elle sert de prétexte pour détourner les yeux du monde des exactions du "Président". Celui-ci n’a qu’à crier à l'ingérence des Tchadiens et des Soudanais, et la communauté internationale accourt pour défendre "la démocratie naissante du président démocratiquement élu"! 

Tout ça pour masquer la réalité de la situation intérieure désastreuse et profondément indécente. Stratégie orchestrée par les puissances occidentale, menées par la France, qui continuent tranquillement à piller le pays. Les complicités internationales n'ont même pas besoin d'être évoquées tant elles sont évidentes!



Bombardements par les forces françaises à Birao

« Pourquoi autant de bombardiers mirages F1, autant d'hélicoptères de combat, autant de commandos Français engagés dans la bataille de BIRAO ces Vendredi 3 et Samedi 4 mars 2007?

 Pourquoi une telle démonstration de force ? Pourquoi une telle débauche de « générosité » de la France au secours de BIRAO, une bien petite ville oubliée d'un tout petit Pays qui, selon les déclarations officielles des Autorités de cette même France ne pèsent pas lourd, en termes d'intérêts, (…) il n'y a pas d'action sans intérêts. En tout cas, le peuple veut savoir et veut tout savoir ! … » 

« (…) les justifications de cette intervention militaire Française de grande envergure aux conséquences énormes sur la vie des hommes et de la faune ne peuvent pas être recherchées dans les seuls accords de défense signés en son temps par la France et la République Centrafricaine (…). » 

Maître Henri Pouzère 
Pour l'Union des Forces Vives de la Nation 
Bangui, 11 mars 2007

Se trouvent dans les environs de Birao, les mines d'uranium, dont la concession est attribuée au groupe français AREVA. 
Suivez mon regard. 



Nous assistons à une véritable conspiration internationale, dont la seule et unique victime est le peuple centrafricain. Il est difficile pour l’instant de voir aboutir un dialogue quelconque pour changer le cours de l'histoire. Le soulèvement populaire semble être indispensable aux yeux de certains. Le dialogue et donc l'unité entre les différentes mouvances est complètement parasité par les petites soifs de pouvoir individuels, la course aux places à la mangeoire. Le jeu des chaises musicales!

Des Bendounga dénonciateurs, il n’y en a de loin pas assez. Et les défenseurs des droits de l’homme sont régulièrement empêchés dans leur volonté de témoigner. Des journalistes jetés en prison malgré l'abandon officiel du délit de presse depuis 2005. Le statut de martyr  coûte trop cher. Les gens pour le moment préfèrent rester en vie pour leurs enfants, que de se faire tuer. Mais quand les gens en auront trop marre, quand ils auront compris que « zo kwe zo » (= Un homme est un homme, figurant sur l‘étendard centrafricain) n’est plus qu’une monumentale escroquerie, ils trouveront peut-être la force de sacrifier leur sang pour leurs enfants. Mais pour le moment, sans lumière et sans armes, ils ne peuvent rien. Leur voix est ignorée par le monde entier. La communauté internationale ne parle guère de la RCA, sauf quand il y a un coup d’état, un de plus, ou quand il s'agit de se rappeler de Bokassa "le Cannibale", ennemi des intérêts occidentaux. 

Et en parlant d’ignorance sans frontière… Hier je cherchais une carte téléphonique pour appeler Bangui. La dame du guichet m'a demandé au moins trois fois, "Centrafrique d'accord, mais quel pays madame!?" –



Ce ne sont que les premières impressions d’une citoyenne du monde qui n’a jamais connu la guerre et les vraies injustices étatiques dans sa chair. Le profond désespoir ambiant mis à part, le pays m’a profondément touché par sa dignité, et par la magnificence naturelle d'une végétation riche et luxuriante.


Bangui, au PK 10
En une semaine, j’ai goûté au moins une dizaine de variétés de bananes, et je suis restée particulièrement émerveillée par le foisonnement de manguiers, lourds de mangues encore immatures à cette saison. 

Et toujours cette terre rouge, emblème de l’Afrique, source de nostalgie quand on en est loin, et toujours au service de ceux qui la foule. 

C’est vrai qu’il faudrait pouvoir tirer les leçons de l’histoire politique du Centrafrique post-colonial pour avancer. Mais pour le moment l’Histoire a l’air de seulement vouloir tourner sur elle-même inutilement. Comme une litanie africaine, ce ne sont que l’or et les diamants qui importent vraiment. Un vrai crime contre l’humanité ! Un de plus en Afrique.

Quand j’entends Sarkozy louer son projet de ministère de l’immigration et de l’identité nationale, je ne peux m’empêcher de partir dans un énorme éclat de rire ! Les mots me manquent ! La France aux Français…. pourquoi pas si ça peut les rendre plus heureux ! 

Mais alors à quand l’Afrique aux Africains !?


Quand les Centrafricains, et les Africains, auront vraiment compris ce pour quoi ils doivent réellement se battre, quand ils verront plus loin que le simple bonheur de leur petite poche, de leur ego souvent démesuré, leur soif d'autoglorification clinquante et indécente, leurs petits vices personnels et arrogances si médiocres, leurs petites vengeances inutiles et futiles, quand  ils reconnaîtront les bienfaits de l'humilité et de la remise en question, c'est là alors que l'intérêt de la nation et la conscience nationale nécessaires à la respectabilité d'un peuple, pourra prendre toute son ampleur, dans une fierté patriotique vraiment méritée. 

A bon entendeur.

21 janvier 2011

Central African Republic: Friday 21st January 2011, 2 days before general presidential elections

January 21, 2011
By Rebecca Tickle

Can you imagine that today in the Central African Republic, where the election are held this coming Sunday, the voting lists have not been publicised yet, and the polling stations have not been indicated anywhere. In 2 days 2.5 millions Centralafricans are supposed to be voting their next President.  But everybody knows very well that General-President Bozizé has absolutely no intention of giving up power. One son is the minister of defense, another one is the chief of the secret police, and the nephew is the minister of the mining sector.

So what is the so-called international community going to do? And what about the African Union?

The country is one of Africa's main uranium reserves, french company AREVA has been looting the country's reserves by accepting to collaborate with a completely corrupt and thieving Bozizé family, together with other french and western companies looting the diamond and gold reserves. Since his brutal coup d’état in 2003, and the according “fare and transparent” election in 2005, Bozizé and his clan have been selling the country out to a completely conscious international community.

The result is that life expectancy at birth has gone down to 37 years old, no electricity outside Bangui the capital, where there is power only 1 week out of three, no proper hospitals outside Bangui, and just one in the capital, no drinking water, a very low rate of literacy as well as outrageous HIV prevalence figures. In the country, thousands of villagers have abandoned their houses, having fled the violent clashes between rebel groups and state army. The latter has been burning down houses when collusion with rebels is suspected.  At the same time, the army is not capable of ensuring the sovereignty of the 623 000 km2 of the country nor the safety of its people that has been suffering from general and severe road insecurity because of widespread and violent banditry and kidnappings, as well as recurrent Ugandan LRA attacks in many parts in the East of the country.

Many villagers live in the bush, drinking water from mud swamps, with not health care, no schools, no nothing. In the meantime General President Bozizé is looting the countries reserves and emptying the State Treasure before it even starts filling.

What is the international community doing?

Various United Nations agencies as well as big NGO’s are absolutely packed in Bangui. What are they doing there? Ordinary western employees have become diamond or gold businessmen. And the fate of the centralafricans is just going worse every day.

When you see the completely biased international community in Ivory Coast, what can you expect in the Central African Republic! A two-geared interference system is what has taken over Africa today, in the midst of a completely powerless African people. The times of slavery in chains is coming back soon.

Africans really have to wake up and should stop saying that what is happening to their neighbours is not their business. It is only when they are to gain something that is suddenly become their business, as with greedy and irresponsible Goodluck Jonathan wanting to interfere in Ivory Coast on behalf of the greedy and brutal France and international community.

God save Africa!!!!

19 janvier 2011

1960 - 2010: Indépendances volées et assassinées

From Ivory Coast to South Sudan

January 8, 2011
By Rebecca Tickle


At last, the voice of the people of Ivory Coast has made itself loud enough to be heard for the moment by the “international community”. The Ivorians, as well as the other African communities living peacefully in Ivory Coast, have expressed their refusal of blood-shed. Also, as we now all know, the battle for the presidential seat is very far from being just one between two political opponents.


President of Ghana has now said that he will not take part in any military intervention in Ivory Coast. He says that it is not for Ghana to choose the Ivorian president (...).

Ghana, like so of often, is an example in Africa and for Africans.

Africans will surely remember Kwame N'Krumah by this time, the successful African promoter of the escape from colonial trade, even though Ghana today is again increasingly endangered with its recent discoveries of oil reserves. Getting rid of colonial patterns of trade, that is what Africa today is so weak at, and it is what Africans all together must concentrate on. By promoting trade by its own conditions, Africa can only be more respected in terms of sovereignty. Who would then dare to go and dictate who is to do what in Ivory Coast, or elsewhere in Africa.

We should also thoroughly look at what is going on in South Sudan. Because there again, whatever the prospective rulers of South Sudan wish for their people, if anything, the western nations “supporting” them have no slightest intention to get themselves interested by South Sudanese sovereignty. Everybody already knows it will be a weak state, with no governing experience, and the West is just intending to loot the country’s oil, and will not mind transforming the country into a lawless new “Niger delta”. Those Western nations that are ensuring us on the media that everything is well prepared for tomorrow’s referendum don’t care about human rights issues. To their only knowledge, they will be relying on the usual unequal bargains over the available resources, in exchange of weapons and coverage of bad governance.

The Westerners are just wanting to rip off South Sudan and its oil from El-Bechir, with the excuse that the populations there have been suffering from decades of civil war and misery because of his murderous and disastrous governance. Nobody should be so naïve to think that they are supporting the parting of Sudan to protect and develop those populations, or to promote their emancipation. Emancipation, as the Ivory Coast crisis is just showing us, is the last thing the “international community” wants. Also the zeal that is being spent on getting El-Bachir before the International Court of Justice should not either be a surprise to anybody. Other mass-murderers have been condemned as well, and have not been brought before the ICJ although they are just sitting and waiting. And other mass-murderers have not even been convicted at all.

To conclude, the parting of Sudan will just be a further source of suffering for the South Sudanese people, about which, once again, nobody is going to care about, as long as the successfully deliver the oil they have. The local populations are absolutely not going to benefit from the procedure, except for a weak ruling class that will have been attracted into profound corruption by greedy Western powers. What about the sovereignty of South Sudan? It will just be a second class type like everywhere else in Africa. And what about emancipation of Africa? The Western world does obviously not want it, because it would be a very great loss to western economies.

African resources, that is the only thing in Africa that interests the developed world. Then to what extent has Western economic growth been to the expenses of Africa’s development…?

Food for thought anyway….!

18 janvier 2011

Centrafrique: Les élections présidentielles du 23 janvier prochain

Le jour où Bozizé s'autoproclamera "réélu" président du Centrafrique, avec son neveu Ministre des Mines, son premier fils Ministre de la Défense, le deuxième chef de la police politique, ses copains à la CEI, et ses financeurs de chez AREVA et consort, est-ce que la France va convoquer la "communauté internationale" (dont vous et moi faisons d'ailleurs partie!) ainsi que l'ONU, la CEMAC et l'UA pour dénoncer la situation!?

En ce qui concerne ses dernières déclaration de volonté de prendre en main un certain nombre de nouveaux chantiers, dont l'assainissement des finances publiques notamment, Bozizé prend vraiment les Centrafricains pour des simples d'esprit. Il a déjà largement montré de quoi il est capable, et nous on veut qu'il s'en aille..!!! y a rien de plus simple à comprendre...! 


S'il veut revenir, il n'aura qu'à laisser sa place tranquillement à celui qui aura gagné les élections du 23 janvier, et se représentera la prochaine fois avec ses fameux nouveaux chantiers! 

Les nouveaux chantiers là sont des chantiers qu'il aurait dû empoigner le jour de son investiture en 2005. Il ne l'a pas fait, maintenant qu'il laisse sa place! 

Soyons tous prêts à dénoncer la validation par la France et la "communauté internationale" d'un scrutin dont la fraude se prépare depuis belle lurette au nez et à la barbe aussi bien des Centrafricains que de la "communauté internationale" à l'esprit d'ingérence à deux vitesses. 

Car ce n'est pas seulement l'affaire des Centrafricains, mais bien l'affaire de tous les Africains. 

Demain, en 2011 également, ce sera le Nigeria, le Tchad, la RDC, l'Egypte, le Camerooun et le Zimbabwe, où la moquererie des peuples africains va continuer de plus belle...! Même le Niger va devoir se battre! Est-ce la France et AREVA peuvent lâcher le morceau si facilement? 

Où sont donc les Africains.....!? 

Les fraudes électorales qui perpétuent les mandats des dictateurs ou de leurs rejetons, ne sont pas des problèmes locaux! Chaque malversation électorale doit être vigoureusement dénoncée par tous....! et pas seulement en Côte d'Ivoire. 

Rien que le concert de casseroles, c'est déjà très efficace...! 

Soyons donc là, et les yeux bien ouverts...

Lettre ouverte aux amis tunisiens

12 janvier 2012
Rebecca Tickle


Lettre publiée à peine 2-3 jours avant la chute de Ben Ali........
Nous ne savions pas encore que ce dernier allait décamper, en laissant derrière lui des mines antipersonnel très destructrices....

Le gouvernement français d'abord avait offert de l'aide à Ben Ali pour faire régner l'ordre, ensuite elle était sur le point d'accueillir le dictature déchu, avant de se raviser stratégiquement et déclarant mollement qu'elle gelait les avoirs bancaires de la famille Ben Ali. Enfin François Fillon est sur le point d'être envoyé à Tunis pour donner un coup de main dans la structuration du nouveau gouvernement......... 

Mais de qui se moque-t-on donc!

Nous devons continuer les encouragements à un peuple Tunisien que l'on cherche encore à duper, malgré le départ fracassant du dictateur tant haï.



Genève, 12 janvier 2011

Les mots me manquent devant la brutalité aveugle qui se développe en Tunisie depuis plus de 25 jours maintenant. Pauvre Afrique décidément ! Où est la soi-disant « communauté internationale » qui ailleurs s’est autoproclamée gardienne de la justice et de la démocratie.

Votre frère, mort pour avoir voulu gagner sa vie honnêtement, dans un pays miné par l’autoritarisme, la corruption et la mal gouvernance, n’est pas mort pour rien ! Par son acte héroïque il a contribué à l’éclatement de votre situation si douloureuse au grand jour…. Votre président ne pourra plus désormais se cacher derrière la censure qui cherche à noyer les réalités de la vie quotidienne en Tunisie depuis longtemps. Ce n’est pas qu’en Tunisie que les  gens protestent !  Vous avez des frères et des sœurs qui suivent les événements de façon quotidienne, et qui se battent pour avoir les vraies informations, sans se contenter de ce qui sort des médias édulcorés pour être du politiquement correct.

En tout cas, la mémoire de votre frère, ainsi que celle de la cinquantaine d’innocents qui sont tombés jusqu’ici depuis décembre, est inscrite à jamais dans le ciel. Et contre ça, votre président et sa clique ne peut rien faire.

Rien ne peut faire taire un peuple en colère, ni les sanctions, ni la répression sanglante et les meurtres dans la rue, ni les arrestations de soi-disant dirigeants d’opposition. Car l'arbre qu'on abat cache en vérité une forêt. Quand c’est trop, c’est trop. Et toutes ces violences étatiques qui s’acharnent sur le peuple, ne font que décrédibiliser davantage un pouvoir - le monde ne pourra plus l’ignorer maintenant - qui est sans aucun scrupule.

Le niveau de criminalité du pouvoir en place à Tunis s’affiche désormais au grand jour, car les yeux de monsieur-tout-le-monde est aujourd’hui fixé sur le peuple et la jeunesse tunisienne, qui se bat à main nue pour une vie décente et pour des promesses qui n’ont jamais été tenues, contre une escroquerie d’état par excellence.

Non vos sacrifices ne sont pas vains. Le monde vous regarde, et nous sommes nombreux à vous soutenir  moralement pour votre courage et votre opiniâtreté, à dénoncer ce déferlement de violence de la part d’un gouvernement qui pille plutôt qu’il ne gouverne. La violence là est très sale, et le sang qui coule, faisant pleurer des familles endeuillées entières, ne passera pas inaperçu. Le pouvoir responsable de tout cela devra répondre de ces actes devant Dieu et devant les Hommes, qu’il le veuille ou non.

Votre président est d’ailleurs dépassé, il panique, cela se sent dans son attitude et ses actions répressives. Cela veut dire aussi que vous êtes sur le bon chemin et qu’il faut continuer à réclamer votre dû de toutes vos forces.  Celui qui règne depuis 23 ans sur la Tunisie, faisant croire à tout le monde qu’il est beau et qu’il est gentil, vous doit des comptes, à vous le peuple tunisien d’abord, qui l’avez soi-disant librement et démocratiquement élu. Car la terre-là, la terre de Tunisie, appartient à tous les tunisiens, et pas seulement à un petit clan d’escrocs sans foi et sans remords.

Courage mes frères et sœurs, nos cœurs saignent pour ce que vous êtes en train de subir. Nous vous regardons et nous vous écoutons. Nous sommes avec vous de tout notre cœur. 

15 janvier 2011

Cameroun : Ernest Ouandié, le "dernier des Mohicans"

15 janvier 2011
Rebecca Tickle



Sur la grande place à Bafoussam, les habitants de la bourgade sont rassemblés en silence en ce triste 15 janvier 1971 peu avant 11h du matin. L’exécution des « rebelles » de l’UPC aura lieu d’un moment à l’autre, et les badauds sont arrivés de toutes parts.

Ernest Ouandié arrive, menotté, encadré par la soldatesque locale ; il marche droit, la tête haute et souriant, à l’image du militant infatigable qu’il a été, en compagnie de deux de ses compagnons d’infortune. L’atmosphère sur la place est très lourde et imprégnée de tristesse. Attaché au poteau d’exécution non loin des locaux de la police judiciaire, il refuse qu’on lui bande les yeux. Il préfère affronter la mort en toute conscience.

Face au peloton d’exécution, il sourit toujours, et ses dernières paroles, prononcées haut et fort, resteront gravées dans l’Histoire, et dans la mémoire du peuple camerounais. Il considère qu’être exécuté pour la liberté de son pays est un honneur, et exprime sa certitude qu’après lui, d’autres continueront le combat jusqu’à la victoire. Il se met à chanter.

A peine ses mots déposés dans les esprits de ceux qui sont là sur la grande place, le crépitement des armes retentit. Après la première salve, on entend la voix d’Ernest Ouandié crier « Que vive le Cameroun », et il tombe, criblé de balles, aux côtés de Gabriel Tabeu alias Wambo le Courant, et du jeune Raphaël Fotsing. Un officier européen se détache de l’assistance, s’approche de Ouandié mourant, s’agenouille auprès de lui, met la main à son étui de revolver, se penche en avant et tire à bout portant.

Le Cameroun est officiellement indépendant depuis janvier 1960.

* * *

Né en 1924 à Ndumla, arrondissement de Bana dans le Haut-Nkam, le jeune Ernest Ouandié sera très tôt confronté aux injustices brutales des colons français. Alors qu’il n’est âgé que de 3 ans, la famille vivant à l’époque à Bangou, son père est déporté dans les plantations de café à Djimbong dans le Haut-Nkam. Contraint aux travaux forcés, il y restera trois longues années avant de revenir malade.

En effet, sous le régime colonial de l'indigénat, les colonies françaises suivaient Code de l’Indigénat, qui octroyait un statut légal inférieur aux populations des colonies françaises. Les travaux forcés faisaient partie du système des Taxes et Travaux forcés, corollaires aux Amendes et Peines, dont le but était véritablement de tirer le maximum de profit des populations locales. La plupart des grands projets coloniaux en termes d’infrastructure, soit les routes, les mines ou les plantations, étaient basés sur les travaux forcés obtenus par des prisonniers qui purgeaient des peines spéciales arbitraires. Les colons d’ailleurs estimaient que ces « contributions » étaient le tribut à payer par les indigènes pour la pacification, l'accès à la « civilisation » et à la protection. Dans la même perspective, l'impôt apparaissait comme « la juste rétribution des efforts du colonisateur, l'application normale du droit absolu d'obliger les populations noires, auxquelles il apporte la paix et la sécurité, à contribuer dans la mesure de leur moyen aux dépenses d'utilité générale ». Albert Londres, journaliste au Petit Parisien écrit d’ailleurs en 1928 à propos des indigènes africains que « ce sont les nègres des nègres. Les maîtres n'ont plus le droit de les vendre. Ils les échangent. Surtout ils leur font faire des fils. L'esclave ne s'achète plus, il se reproduit. C'est la couveuse à domicile. »

Bref, Ernest Ouandié naît dans un véritable bouillon de culture, et dès l’âge de 9 ans son éducation est prise en main par son oncle Kamdeu Sango qui l’inscrit à école publique de Bafoussam. Il y côtoie même, pendant 3 ans, certaines futures têtes pensantes, dont Tagny Mathieu qui deviendra le président de la section du Nyong et Sanaga de l’UPC, et Feyou de Happy qui sera dans les affaires politiques et de sécurité d’Ahidjo. Quittant ensuite Dschang, son CEPE en poche, il entre à l’Ecole Primaire Supérieure de Yaoundé, section enseignement, où il obtient finalement le Diplôme des Moniteurs Indigènes (DMI) en novembre 1943.

Nous avons donc affaire à un homme dont les convictions sont formées par les dures réalités du terrain dès son plus jeune âge, un homme instruit et conscient de son environnement, et surtout doté d’un amour infini pour sa patrie. Tous les ingrédients sont là pour mener Ernest Ouandié sur le chemin de sa destinée qui est celle de contribuer à la libération des consciences de ses compatriotes, et à la rébellion contre une force d’occupation brutale et sans remords.

En tant qu’enseignant, il subira de nombreuses sanctions disciplinaires sous forme d’affectations incessantes en raison de ses convictions politiques. Bien que déstabilisant sur le plan logistique, ces déplacements favoriseront une bonne diffusion de ses idées et de ses certitudes. C’est ainsi qu’il passera par Edéa, Dschang, Douala quartier New-Bell Bamiléké, Doumé, Yoko, Batouri, Bertoua et finalement encore Douala. Dès 1944, parallèlement à son travail d’enseignant à Edéa, il s’engage à l’Union des Syndicats Confédérés du Cameroun, affiliée à la CGT française, au grand désespoir des colons et du gouverneur. Militant dès 1948 au sein de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), il en est élu vice-président 4 ans plus tard. Le rythme de ses affectations s’accroit en même que la perception du danger par le colon envers un homme qu’il estime de plus en plus dangereux, et qu’il faut chercher à saper à tout prix. Mais rien ne peut arrêter l’élan d’un homme inséré dans un mouvement dont l’objectif et la détermination inusable, visent la libération du pays de l’emprise coloniale. Ouandié est désormais chargé de l’organisation du mouvement et dirige la Voix du Cameroun au 2ème Congrès de l’UPC à Eséka.

Ses pérégrinations forcées par l’administration coloniale permettront l’implantation de l’UPC dans le Mbam. Ouandié assiste au Congrès Mondial de la Jeunesse Démocratique en Chine, et voyage aussi à Paris et à Moscou. Les efforts de déstabilisation orchestrés par les colons n’entravent en rien la progression d’une vulgarisation des valeurs de l’UPC à travers le Cameroun, au rythme d’une trainée de poudre à canon, et ce malgré les vaines tentatives de l’administration coloniale de garder le contrôle sur les responsables de l’UPC. Ouandié devient de plus en plus populaire, et va jusqu’à critiquer publiquement la voix de Sedar Senghor appelé à la rescousse par la France pour convaincre les camerounais d’abandonner leur revendication d’indépendance nationale. Ouandié brave tous les interdits et contribue à la marche du destin du Cameroun. 

Finalement, l’administration coloniale française interdit l’UPC en 1955, après les nombreuses tentatives d’enrayer le mouvement à force de massacres et d’arrestations de militants et de cadres du mouvement. Les dirigeants de l’UPC entament ainsi le chemin de l’exil, et Ernest Ouandié se réfugie d’abord à Kumba, au Cameroun britannique, jusqu’au moment où le mouvement y est également interdit à l’instigation des autorités françaises. Mais l’UPC continue à se développer malgré la déportation de Ouandié avec une douzaine de ses collègues successivement vers Khartoum, Le Caire, Conakry et Accra. La lutte pour la popularisation et la recherche de moyens financiers et matériels devient de plus en plus acharnée après 1957. L’organisation est renforcée, ainsi que la formation des cadres.

Le 1er janvier 1960, le Cameroun devient indépendant, et Ahmadou Ahidjo, garant officiel du néocolonialisme français au Cameroun, est élu Président en mai 1960.

Le 3 novembre 1960, Félix Moumié, Président de l’UPC, est assassiné par empoisonnement à Genève par les services secrets français. Nous sommes en pleine guerre froide, et la neutre Suisse ferme les yeux, adhérant aux convictions occidentales à la mode, qui diabolisent ces nationalistes financés par le "diable rouge" communiste représenté par la Chine et l’Union Soviétique.

Le Cameroun ressemble davantage à un département français d’outremer qu’à une république indépendante et souveraine.

Ernest Ouandié prend la direction de l’UPC, et devient l’ennemi public no 1 de l’administration néocoloniale. Revenu clandestinement au Cameroun afin de poursuivre la lutte sur le terrain, il dirige, organise, et forme sans relâche. Les autorités ont voulu la guerre, et désormais ce ne sera plus que par la guerre que l’UPC pourra se faire entendre. Dès 1962, Ouandié monte une école de cadres politiques et construit des centres de soins. Très activement recherché, il échappe à plusieurs trahisons, et se replie dans le Haut-Nkam.

Pendant neuf ans, il résiste de façon très solitaire, peu à peu privé du renfort de ses bases arrière, sans aucun ravitaillement, traqué impitoyablement par une armée néocoloniale assujettie à la France, et qui a juré sa perte. Doté d’un mental sans pareil qui dépasse de loin celui de ses pairs, il est progressivement abandonné et trahi par les siens. Il fini par se rendre lui-même en août 1970 et se laisse arrêter sans opposer de résistance.

Torturé et interdit de toute visite de ses avocats pendant six mois, il est jugé par le Tribunal militaire de Yaoundé en décembre 1970, dans le-dit « procès de la rébellion». Il écoutera la tête haute le verdict de sa peine capitale.

Entre un Ahmadou Ahidjo Président et un Paul Biya Secrétaire-général adjoint à la présidence, malgré un mouvement international de protestation contre les conditions inéquitables de son jugement, Ouandié est transporté à Bafoussam, et exécuté publiquement le 15 janvier 1971.

Reposant au cimetière de l’église protestante de Bafoussam, il sera réhabilité en 1991 par l’Assemblée Nationale du Cameroun et proclamé Héros National.

* * *

La morale de cette histoire se trouve dans l’esprit des Camerounais d’aujourd’hui, et surtout de ceux qui se disent cherchant l’émancipation du Cameroun et sa libération des griffes d’un pouvoir népotique et profondément destructeur. A 40 ans de l’exécution/assassinat d’Ernest Ouandié sur la place appelée aujourd’hui Place des Martyrs de Bafoussam, la question cruciale est de savoir où nous en sommes aujourd’hui. Car en vérité, tous les rôles de l’époque sont là encore maintenant : une petite poignée de vrais militants infatigables, isolés et/ou mal entourés, ensuite ceux qui font semblant de militer, qui suivent le mouvement parce que c’est la mode ou pour la gloire, ceux qui trahissent de l’intérieur, les corrompus et avides de pouvoir et d’argent, le dictateur qui veut être tranquille, ceux qui bénéficient de ses bontés, ainsi que ceux qui lui dictent sa conduite et qui perpétue la formation en cours d’emploi.

Qu’avons-nous donc appris des sacrifices des Héros Nationaux camerounais et des autres ?

La question là nécessite une réponse sincère et sans détour, avant de continuer…

Mais attention, demain est déjà là !